COMPTE-RENDU – Dans le grandiose Margravial Opera House pour le Bayreuth Baroque Opera Festival, l’histoire de Pompeo Magno, le Grand Pompée, est racontée et incarnée avec faste par le Directeur-metteur en scène Max Emanuel Cenčić pour cet opéra de Francesco Cavalli, sur un texte de Nicolò Minato.
Pompée le Grand rentre à Rome couvert de gloire après ses victoires, et s’apprête à mener d’autres combats, ceux du cœur… Pompée aime Giulia, la fille de César qui elle aime surtout Servilio, qui l’aime en retour, mais qui se désistera pour la laisser à Pompée, qui pourtant proposait de les laisser s’unir. Son fils Sesto, ainsi que Claudio, le fils de César sont eux épris d’Issicratea, reine captive, qui reste fidèle à son époux, Mitridate, défait par Pompée. Tout cela se mêlant à des enjeux politiques entraîne un ballet effréné où les quiproquos vont encore rendre les choses plus compliquées à dénouer.

Pompe de circonstance
Au revêtement fastueux de la salle du théâtre réalisée au milieu du XVIIIe siècle par les frères Bibiena, le décor d’Helmut Stürmer est ici constitué d’une façade monumentale de palais gothique vénitien, percée de trois ouvertures, qui fermées ou non, permettent de proposer divers lieux de jeu. L’œuvre est longue, menant à un rythme effréné, de courtes scènes qui se succèdent, rapides, entremêlant les intrigues.

Dans un esprit commedia dell’arte, voilà la Rome antique transposée dans une Venise de carnaval, incarnée par une troupe de comédiens et de comédiennes de petite taille, affublés de mentons prognathes et nez de sorcières, grimés en arlequins, courtisanes de toutes sortes, de marchands, de musiciens, de domestiques vivifiant le plateau, revêtus des superbes costumes de Corina Gramosteanu. Les protagonistes sont soit masqués et sur le mode burlesque, soit à visage découvert et dans des poses « nobles ».

Le metteur en scène et contre-ténor Max Emanuel Cenčić incarne Pompée avec humour et émotion, campant de sa voix chaude et sonore la complexité humaine du personnage.
Dans le droit fil grandguignolesque de l’opéra vénitien les allusions salaces voire sexuelles sont omni-présentes, comme avec Atrea, incarnée par le très drôle ténor Marcel Beekman. Les héros principaux, hormis Pompée, sont Sesto incarné avec brio par le contre-ténor Nicolò Balducci, virtuose de la voix et bête de scène, très émouvant ! Mitridate, figure complexe pétrie de vengeance, jaloux, en mal de fils, mais juste et magnanime, ce qui permettra en assumant ses fautes de résoudre les intrigues, est campé par le ténor Valerio Contaldo qui, avec sa belle voix projetée, en assume toutes ces facettes. Le contre-ténor Valer Sabadus manque de couleurs pour Servilio veule interprété en arlequin virevoltant. La servante Arpalia grimée comme les figurants est incarnée par le contre-ténor Kacper Szelążek, imitant une voix de vieille femme ! Farnace, le fils de Mitridate, en mal de père est interprété avec sensibilité par le sopraniste Alois Mühlbacher. Mariana Flores prête son chant ferme non sans métal mais capable de mille couleurs, à la hiératique reine Issicratea !
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La grandeur est un enjeu de pouvoir, d’image de soi, de gloire publique, mais si Pompée est grand c’est par son humanité, sa grandeur d’âme qui, en écho à celle de Mitridate, permettra de donner une fin heureuse à toutes ces péripéties, parfaitement présentées dans ce tourbillon de passions, par des artistes lyriques endiablés qui vol(t)ent et virevoltent, soutenus par La Cappella Mediterranea, un orchestre brillant, attentif et parfaitement inclus dans l’action, dirigé avec diligence par Leonardo García-Alarcón.
La production reçoit un grand succès public et soulève une grande ovation debout, avec piétinement du plancher de bois pour accroître la réponse des applaudissements !

