AccueilNon classéChalk Line : Joséphine, 100 ans après

Chalk Line : Joséphine, 100 ans après

CONCERT – Vous avez remarqué ? Au Théâtre des Champs-Élysées, on célèbre le centenaire de la première prestation française de Joséphine Baker. Après la danse la semaine dernière, place à la musique, avec l’Orchestre de Picardie et Adèle Charvet. Music-hall et création contemporaine au menu.

Le 2 octobre 1925 – Josephine était là, sur la scène des Champs-Élysées, pour la première d’une Revue Nègre dont le nom nous met encore le rouge aux joues, cent après sa création peu glorieuse. C’est pourtant le centenaire de cette première performance que le Théâtre des Champs-Élysées célèbre cette semaine, comme pour nous rappeler le drôle de contexte dans lequel Joséphine a rencontré l’Histoire, avant de faire chemin avec elle, dans ses pages sombres comme dans ses moments de gloire.

28 août 1963 – Voilà un anniversaire qu’on aurait envie de fêter. Joséphine était là, aussi, marchant sur Washington aux côtés du grand Martin Luther King. À la même tribune que le légendaire « I have a dream », elle prononce un discours. D’une revue colonialiste jusqu’au cœur sacré de la lutte pour les droits civiques Afro-Américains : voilà le parcours qu’il fallait célébrer ce soir de 2025, au Théâtre des Champs-Élysées.

Joséphine Baker en 1961 © Jack de Nijs / Wikimedia Commons

L’union fait la force

Et ça tombe bien, ce discours de Joséphine était justement le sujet de la dernière née du Consortium créatif. Un rassemblement de cinq orchestres nationaux (Orchestre de Picardie, Orchestre National de Bretagne, Orchestre National de Mulhouse, Orchestre National Avignon-Provence et Orchestre National de Cannes) qui mettent leurs forces en commun pour financer une création et ses reprises une fois par saison depuis 2022. Une idée trop rare en France, qui ne demande qu’à faire des émules, sur la base des succès présentés avant le concert. Ça sent le cercle vertueux, et on salue la prise de risque partagée.

Mais, retour à nos moutons. Où est Joséphine là-dedans ?

Joséphine aphone

L’œuvre de cette année s’appelle Chalk Line, et elle raconte en moins d’un quart d’heure le parcours de Joséphine, pavé d’injustice, d’espoir et de libérations, jusqu’à ce 28 août 1963 où elle était au cœur de l’Histoire. C’est à Adèle Charvet qu’incombe la lourde tâche d’incarner l’héroïne de cette première partie de concert.

Sans en jeter une once de faute sur son interprète, on dira pour être sympa que Chalk Line renferme un paradoxe : elle raconte l’éveil à la puissance d’une voix qu’on peine à entendre. On nous parle d’un des moments politiques les plus puissants de notre histoire récente, alors on imagine une voix forte, mise au premier plan ! On pense mégaphone, et on a le droit à l’inverse. Le problème ici ne vient pas du fond, mais de la forme du message.

Extrait de la note d’intention de Caroline Marçot, compositrice de Chalk Line : « L’archive sonore radiophonique de cette journée historique, avec la coloration particulière des micros de l’époque, procure à l’enregistrement une forme de halo autour de la voix parlée, dont la présente orchestration tisse un champ harmonique complet, de sorte à nimber la voix chantée soliste d’un écrin contemporain spectral. » On comprend mieux…

Pour le futur

La voix d’Adèle Charvet, sûrement délicate et capable de toutes les nuances, passe difficilement l’orchestre. La faute à une écriture tellement basse dans son centre de gravité que seuls quelques aigus la traversent, et aussi probablement à un Orchestre de Picardie qui gagnerait à laisser plus souvent la place. Et on se prend à rêver à l’audace d’une compositrice qui aurait osé affubler Adèle Charvet d’un micro, pour faire entendre les mots de Joséphine. Perchés au premier balcon du TCE, on a bien du mal à les entendre.

Mais la force du Consortium créatif est justement là : Chalk Line sera jouée par chaque orchestre qui compose ce regroupement. On espère pour le public (dont, on imagine, beaucoup d’élèves pour qui cette pièce pourrait être l’occasion d’une expérience édifiante), qu’une solution sera trouvée pour régler le problème. C’est l’avantage d’avoir les personnes qui créent pas loin, pour leur proposer notre retour de spectateur. Parce qu’on doit la franchise à cette pièce qui a tant à promettre.

Image de la deuxième partie du concert © Vincent Pontet

Archives ?

En revanche, de là où est, on a une vue imprenable sur l’écran qui projette une création vidéo accompagnant la pièce affichant son livret dont beaucoup est repris du même discours de Joséphine à Washington en 1963. On attendait des images du fameux discours. On ne les aura pas non plus, ou à peine. Tout juste aura-t-on droit à un défilé de natures muettes, évocatrices des mots qui y défilent. Un écran de surtitrage augmenté de beaux paysages.

À lire également : Germaine Acogny au TCE

On se faisait une joie de se transporter dans l’ambiance fiévreuse et exaltante d’une des grandes luttes de notre temps, en compagnie d’une personnalité si familière. On n’aura malheureusement ni l’une, ni l’autre, restant tristement scotchés à notre fauteuil, avec une deuxième partie faite de tubes absolus (l’Hymne à l’Amour, Petite fleur, J’ai deux amours) où Adèle Charvet, micro en main cette fois, revient en diva discrète d’un music-hall patiné d’un chic tout lyrique. Après tout, on reste sur l’avenue Montaigne…

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