AccueilA la UneCarmen à Toulouse, dans la mêlée, le drame plaque fort

Carmen à Toulouse, dans la mêlée, le drame plaque fort

COMPTE-RENDU — L’Opéra National du Capitole clôture sa saison par Carmen de Bizet dans la production de Jean-Louis Grinda avec Adèle Charvet, Fabien Hyon, Armando Noguera et Marianne Croux parmi les solistes. La direction musicale est assurée par Leo Hussain. La représentation se déroule exactement en même temps que la finale du Top 14 de Rugby. Il n’en fallait pas moins à Classykêo pour faire le parallèle :

Un dispositif scénique pensé comme une stratégie de jeu

L’organisation du terrain proposée par Jean-Louis Grinda et son scénographe Rudy Sabounghi repose principalement sur deux grandes structures mobiles en arc de cercle qui dessinent l’espace et centrent l’attention du spectateur sur le cœur du match. Elle est renforcée par les découpes chaudes de Laurent Castaingt, qui baignent le terrain de soleil tout en laissant traverser des moments d’obscurité faisant écho aux passages plus sombres du livret. Les maillots des joueurs restent dans la tradition et évoquent les couleurs hispanisantes du plus fameux des opéras français. La direction d’acteur insuffle au récit une progressivité continue où la passion destructrice d’un couple dysfonctionnel se transforme en véritable match à mort.

La première mi-temps manque quelque peu de passes entre les différents protagonistes, qui paraissent parfois trop isolés mais le jeu devient par la suite plus collectif et offre de beaux essais dramatiques. Le score est toutefois ici connu d’avance (le meurtre final est déjà mimé sur l’Ouverture). La tragédie apparaît ainsi comme un cycle sur la persistance continuelle des féminicides. 

Le sélectionneur en action : une direction vive et offensive

Le maestro Leo Hussain propose un jeu élancé et vif rythmant la partie avec efficacité et soulignant les actions par sa brillance. Dans les airs et les duos, les solistes de l’orchestre révèlent l’expressivité de leur instrument avec des lignes appuyant tant la poésie du texte que les tensions entre les personnages. Leo Hussain tisse avec sensibilité l’ambiance parfois complexe de chaque scène, qu’il habille habilement de leurs sonorités ibériques. Cela étant, les passages plus denses pourraient parfois gagner en précision notamment vis-à-vis du plateau où des décalages persistent lors de plusieurs numéros choraux. 

L’équipe vocale : un maul soudé, du premier rang au fond du terrain

– La Carmen d’Adèle Charvet offre un phrasé clair, direct et sans chichi allant droit au but tout en laissant dans son sillage la fine chaleur de son timbre de mezzo-soprano et l’intelligibilité du texte.

– Le Don José de Fabien Hyon, en bon demi de mêlée, perce le terrain par ses aigus à la fois fuselés et projetés avec une endurance constante tout en incarnant avec engagement les accès de violence du personnage.

– L’Escamillo d’Armando Noguera, dont la justesse des reliefs vocaux participe pleinement à la cristallisation du drame au troisième acte face à Don José, même si les fameux couplets de son entrée pourraient gagner encore en affirmation. 

– La touchante Micaëla de Marianne Croux fait ressortir l’innocence du personnage, de la pureté de sa voix dont la virtuose agilité s’avère potentialisée par la qualité du souffle. 

Les arrières ne sont pas en reste avec notamment Fanny Soyer, Léontine Maridat-Zimmerlin, Damien Gastl et Kresimir Spicer en bohémiennes et contrebandiers qui offrent des échanges précis et dynamiques tant sur le plan vocal que scénique au fil de leurs scènes, ou encore le Zuniga d’Adrien Mathonat qui impose tant la légèreté que l’autorité de l’officier par l’ampleur de sa voix de basse. 

La mêlée formée par le Chœur offre par sa puissance et sa coordination l’éclat nécessaire aux grandes scènes chorales que comporte la partition. L’unité de chaque section met en exergue la limpidité des différentes tessitures et permet aux effets vocaux de se développer. Le championnat junior composé par la Maîtrise se révèle vivifiant par son élan scénique et son implication. Au-delà de la grande propreté vocale, l’entrain rythmique génère celui de ses interventions dès le chœur des gamins « Avec la garde montante »

Le match lyrique se conclut sous les applaudissements répétés et nourris des supporters qui remplissent intégralement le théâtre, quelques dizaines de minutes seulement avant que la liesse célébrant la victoire du Stade Toulousain n’éclate dans la fan zone de la place du Capitole, juste sous les fenêtres de l’Opéra.

À Lire également : Royaumont, Carmen en self-defense

© Carmen par Jean-Louis Grinda crédits Mirco Magliocca

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