Vittorio Forte : voyage voyage !

CONCERT – Au Lavoir Moderne Parisien, on découvre un décor industriel brut, un piano Fazioli grand ouvert et… un public prêt à traverser l’Atlantique sans quitter la Butte. « VOLVER n’est pas un détour, c’est un retour ». Le ton est donné : ce soir, pas de dépaysement forcé, mais un retour aux sources, aux maîtres argentins, et à l’adolescent calabrais qu’il fut (et restera toujours).

La salle, petite mais pleine, ressemble à un coffret acoustique : deux projecteurs rouges, un bleu au centre, et une lumière jaune sur Vittorio. Une ambiance presque tropicale, mais chic. Le Fazioli est disposé parallèlement au public, comme une invitation directe à la confidence (et comme un rappel silencieux qu’ici, on fait les choses avec style).

Buisiness class

Vittorio Forte parle entre les œuvres, mais jamais trop. Juste ce qu’il faut : une anecdote, un hommage, un clin d’œil à ceux qui lui ont transmis l’envie de jouer, et l’assurance discrète de quelqu’un qui sait que la musique parle mieux que lui. Ce qui surprend d’emblée, c’est la précision chirurgicale de son toucher. Les écarts larges ? Impeccables. Les secondes délicates ? Un bijou. Les retards et appoggiatures ? Comme si Bach, Chopin et Piazzolla avaient décidé de prendre un café ensemble. Bref, ça joue. Très bien.

Le programme, parfaitement rodé, passe par des influences multiples : de Saint-Saëns à Chopin, mais l’appel du large, lui, revient régulièrement. Dans Adios Nonino de Piazzolla, Vittorio laisse résonner le dernier accord et le seul de cette programmation à finir en suspens ! Une septième majeure, comme un adieu qui fait semblant d’être définitif.

Pilote automatique

Le public flotte. Littéralement. Certains ferment les yeux, d’autres ont l’air de revoir leur ex, d’autres un océan. Bref, ça fonctionne.

Le jeu est plein de relief, parfois poussé jusqu’à l’expérimentation, mais jamais pour briller. Vittorio Forte a cette manière de faire croire que tout est simple, alors qu’on devine très bien que les partitions demanderaient au commun des mortels trois vies, un coach sportif et un abonnement annuel chez un ostéopathe. Il se lève entre chaque pièce, salue, sourit, presque trop humble pour quelqu’un capable de transformer un piano en machine à voyager dans l’espace-temps.

Atterrissage en douceur

Comme ces journées d’été qui filent trop vite, le concert s’évapore en un instant. Puis viennent les bis : Malva Loca (Luis Antonio Calvo), tendre, élégant, parfait pour prolonger la suspension dans un morceau dont la teneur est celle de l’amour d’une femme qui aime peut-etre trop. Puis « Danza de los Ñáñigos » (Ernesto Lecuona), cadeau surprise, explosif, et initialement prévu pour le disque avant d’être sacrifié au minutage (la dure vie des CD). 

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Le public adore. Les applaudissements sont chaleureux, appuyés, reconnaissants. Et beaucoup se ruent ensuite vers la sortie où s’entassent les disques comme si chacun tenait à repartir avec un petit morceau de voyage dans la poche, beaucoup mieux que le magnet sur le frigo.

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