COMPTE-RENDU – Si vous ne connaissez pas Jean-Nicolas Diatkine, c’est un peu notre Frank Michael du piano classique : il a son fan-club dévoué et il remplit des salles sans avoir accès ou besoin des grands réseaux de communication.

Quand Frank Michael commence à chanter Toutes, toutes, toutes les femmes sont beeeelles… son public dévoué chante avec lui. Et c’est assurément ce que voudraient faire toutes, toutes et tous les fans de Jean-Nicolas Diatkine réunis fidèlement à nouveau pour son concert : chantonner ce soir le troisième moment musical de Schubert (si-la la-si-la sol la-si-do la-si-do… sans oublier les 4 bémols à l’amure bien sûr). Le reste du programme (bien virtuose) ce serait moins facile, et de tout de manière le public classique ne chante pas (logiquement), mais il pianote parfois discrètement dans les airs.
Et surtout il acclame son piano-héros. Des artistes font ainsi paradoxalement mieux carrière en restant plus loin des plateaux de la célébrité et plus près de leur public fidèle, très fidèle. Car ce public ressent alors un lien d’autant plus proche avec « son » musicien même s’ils sont assez nombreux pour remplir chaque année son concert traditionnel, précédemment à Gaveau, cette fois à Cortot. Il faut dire que l’artiste gâte son public, par la richesse de son concert, sa bonhomie, et de mémoire on aura très très rarement vu un soliste arriver dans le hall de la salle de concert avant même la sortie du public, disponible pour parler ainsi à tout le monde.
Franco Gabelli, le chanteur italo-belge qui deviendra Frank Michael n’avait certes pas la meilleure technique vocale du monde mais force est de constater combien la sincérité du propos est encore ressentie comme telle par ses fans. Jean-Nicolas Diatkine ne gagnerait certes pas le Concours Tchaïkovsky ou Chopin, il n’empêche, ce n’est que dans les élans les plus emportés que quelques notes manquent à l’appel (alors que les grands arpèges balayant le clavier tapent dans le mille). Et surtout, lui aussi raconte des histoires : avec la voix (présentant chaque morceau, ce dont il finit lui-même par demander d’excuser le côté un peu systématique), et bien mieux encore, au piano. Comme pour Frank Michael, les puristes pourront s’offusquer, Jean-Nicolas Diatkine renforce, quitte parfois à forcer le trait, les paramètres expressifs de chaque partition : contrastes entre les mains et registres, ainsi qu’entre les nuances notamment. Le résultat est là, dans le lien profond au point de paraître indissociable entre son instrument et son public.
De quoi aussi atteindre ce qu’il vise dans son propos : montrer les liens passionnés et passionants de filiation esthétique entre Beethoven, Schubert, Brahms (tout en citant Mahler et Wagner). Et ce toujours le sourire aux lèvres : comme voulant lui aussi nous chanter : Toutes, toutes, toutes les notes sont beeeelles...
Demandez le programme (de Jean-Nicolas Diatkine bien entendu) :
- J. Brahms, Rhapsodie n°1 op. 79
- F. Schubert, Klavierstücke n°1 D. 946
- L. van Beethoven, Sonate n°15 op. 28 « Pastorale »
- F. Schubert, Six Moments musicaux D. 780
- L. van Beethoven, Sonate n°23 op. 57 « Appassionata »


