COMPTE-RENDU – La Maison symphonique de Montréal s’est transformée, le temps d’une soirée, en cabaret orchestral assumé. “Pérusse symphonique : du snack bar à l’OSM” promettait un pont entre humour radiophonique et grande machine symphonique.
Résultat : deux heures sans entracte, des dizaines de musiciens, une octobasse, une harpe, un orgue discret, une batterie plus tard… et un public déjà prêt à rire avant même la première note. D’autant que Julien Corriveau transforme la Maison symphonique en cabaret québécois raffiné. Guirlandes suspendues en couronne, éclairages unicolores ou bicolores, atmosphères changeantes selon les tempéraments musicaux. Le concert navigue entre one-man-show, revue orchestrale, reprises détournées (Pump Up the Jam devenu Prof de Gym), et catalogue Pérusse revisité.

Le programme ? Mystérieux. Aucune œuvre indiquée. Confiance totale.
La direction : sérieuse mais pas trop…
Simon Rivard ouvre la soirée avec une battue presque angulaire, puis le geste s’arrondit, s’assouplit, devient plus joueur. La direction reste claire, structurée, soutenue à la baguette par la main droite et ponctuellement renforcée par la gauche. On sent un chef attentif, engagé, qui ne sacrifie jamais la précision, même lorsque le plateau vire à la guinguette orchestrale.

Après l’entracte inexistant (on nous avait prévenus), la direction gagne en fermeté et en ampleur. Rivard maintient le cap malgré les débordements humoristiques. Un vrai pilote en terrain glissant.
Orchestre discipliné et complice
L’Orchestre Symphonique de Montréal joue le jeu. Et visiblement, avec plaisir. Les arrangements signés Hugo Bégin permettent à l’orchestre de rester pleinement symphonique, même lorsque le répertoire flirte avec le sketch musical. Harpe blues, octobasse star d’un morceau sur le blé-dinde (oui, vraiment), basson bavard, solo de triangle : les pupitres sortent de leur réserve avec un enthousiasme communicatif. Et l’orgue nous prend à contre-pied avec du Crystal Waters en mode semi liturgique parodique et envoûtant.
Volume maximal pour Pérusse
Micro-casquette vissé à la tête, Pérusse entre en scène avec l’énergie d’un homme qui découvre (et savoure) son premier “vrai” concert. Avec ses aléas et son problème technique, notable : la balance vocale. Son micro domine largement l’orchestre, créant un déséquilibre constant. Le volume prend le dessus sur la texture. Mais vocalement, Pérusse ne cherche pas la perfection, et il le sait. Il assume son style, sa diction parlée-chantée, son humour. L’objectif n’est pas la ligne belcantiste, mais la connivence. Et celle-ci fonctionne à plein régime.
Guests list de premier choix
Pris au piège de ses propres effets studio (voix pitchée incluse), Pérusse appelle Mara Tremblay et Marie-Pierre Arthur en renfort. Mara Tremblay propose un chant nasal assumé, dans une tradition presque chanson française en voix pincée. Une couleur très identifiable, parfois un peu serrée, mais cohérente avec l’univers. Marie-Pierre Arthur, notamment sur « Le Soleil », offre un timbre plus profond, plus stable, avec davantage de coffre. La ligne vocale s’installe avec plus de solidité.

Puis arrive Breen LeBoeuf, et là, changement d’atmosphère : projection solide, aigus clairs, ligne stable, présence scénique indéniable. Même le chef semble galvanisé.

La grande famille musicale
Les fils de Pérusse montent aussi sur scène. Batterie et basse électrique. L’ambiance devient franchement festive. Le concert prend des allures de réunion de famille élargie… version symphonique.
Deux ovations valent mieux qu’une et le public reste même en salle, espérant un bis qui ne viendra pas (même pas deux minutes de plus pour le peuple ?). Petite frustration collective : preuve que la formule a pris !

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