CONCERT — La Compagnie Nine Spirit fête ses 25 ans, en offrant au public du théâtre de La Criée une cérémonie musicale. Autour de son fondateur, le saxophoniste Raphaël Imbert, et de sa directrice artistique, la pianiste Amandine Habib, se sont greffés de fidèles disciples qui ont su encenser cette séance incantatoire.
Amandine Habib, directrice artistique de la compagnie Nine Spirit entre sur scène en véritable magicienne, un halo de fumée suspendu dans l’atmosphère, et vient poser l’aura de son toucher délicat au piano pour nous envoûter d’un thème lent et beau. Le rituel va bientôt commencer. Une musique lancinante nous vient aussitôt à l’esprit : I put a spell on you…
Because you’re Nine
Sur cette mélopée aux accords arpégés, qui agit comme un sortilège, entrent huit autres musiciens. Le pianiste Pierre-François Blanchard vient prendre place. La chanteuse Célia Kameni, magnifique, déploie son chant de sirène pour captiver notre esprit par sa voix suave et énigmatique. Célia Kameni, koriste et chanteuse rencontrée la veille, vient par sa présence ajouter le mélange conceptuel du métissage abordé par la compagnie pour fêter ses 25 ans d’existence et la sortie de « TRESSAGES », leur nouveau label. Entre jazz, musique classique et soul music, nous sommes immergés dans cette vaste communion, combinant plusieurs rituels musicaux.
You better stop the things you do
Sur les appuis rythmiques et complices des deux contrebassistes, Léna Aubert et Pierre Fenichel, la koriste Senny Camara chante à son tour. On est alors envahis par la réminiscence d’un univers proche d’Alice Coltrane. L’improvisation au saxophone de Raphaël Imbert nous invite davantage à communier avec la musique qui se partage si aisément sur le plateau et se glisse avec gentillesse dans nos ouïes. En glissant la seconde hanche de son saxophone alto, dans lequel il souffle en même temps que du ténor, il nous livre un bavardage aux effets mouillés du Cannonball Adderley dans Inside Straight. Notre esprit s’engourdit, on sent que l’on ne peut plus bouger ni faire quoi que ce soit.
Les spectres se déchaînent
Voici une multitude de spectres qui surgissent : no, I ain’t lyin’ ! Sur les percussions subtiles et ouatées, la voix de Jean-Luc Di Fraya – dont l’interprétation d’un extrait du compositeur Samuel Coleridge-Taylor nous fera retenir notre souffle et séduira totalement nos esprits –, le jeu de la violoncelliste Nesrine Belmokh nous fait voyager en Perse. Sa voix et son jeu ne se réduisent pas aux tonalités orientales mais rejoignent également la dimension libre de l’improvisation classique du jazz, dans une frénésie quasi-chamanique.
I’m yours right now
C’en est fait de nous, mais qui a dit que « tout part en fumée » ? Ce concert cosmopolite a livré son aimable message : pour être ressentie, la musique n’a ni besoin de mots ni de grands discours. Car elle est palpable, elle sort du corps : shake your body… and mind ! Bref, réunir, partager et surtout, garder à l’esprit que la puissance du son n’a pas forcément besoin de passer par des opérations surnaturelles… pas vrai ?
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