DANSE — Nôt (nuit en cap-verdien) ou comment Marlène Monteiro Freitas adapte le conte des Mille et Une Nuits avec une relecture tournée vers la survie, où Shéhérazade danse pour retarder la mort, portée par une écriture chorégraphique qui transforme le récit en un flux vital instable. Bienvenue dans la partie.
Ici, pas de merveilleux si ce n’est celui des corps, en mêlant chant, reggae, DJ set, tambours et guitare dans une nuit électrisante qui ressemble moins à un conte qu’à une arène. Une sorte de Squid Game sans règles explicites, où chaque geste engage la survie, et où le décor lui-même — lits alignés, grilles blanches — évoque déjà un dortoir sous surveillance. Le public entre, les corps sont déjà au travail. Puis blackout.
Jeu 1 : Corps sous contrôle
Un narrateur muet apparaît (rouge à lèvre autour de la bouche et noir autour des yeux). Il monte sur une petite chaise placée sur une estrade installée à l’avant-scène. Il parle sans voix, comme si le micro était coupé. Première règle implicite : ici, on ne maîtrise rien.
Entre le premier personnage féminin avec un masque de poupée sur le visage. Serait-ce l’épreuve « Un, deux, trois, soleil » de la fameuse série ? Mais non, la danseuse ne tue pas mais s’assoit sur le lit et gémit. Entre le second personnage féminin qui avance lentement, par saccades. Elle gémit de douleur, un pot de chambre à la main, puis vomit.

Une nuit pour survivre
Shéhérazade surgit, habillée de blanc, les jambes entravées par des cordes. Elle danse sur une petite chaise à l’avant-scène, ses membres se balancent et semblent onduler comme le reste du corps. Privée de ses membres inférieurs, elle se déplace avec l’aide de ses bras et en se soulevant. La musique mélange lyrisme et tambours, comme un chant de louange. Elle danse pour retarder la mort.
Le roi Schahriar (ensemble blanc, t-shirt et jupe courte à volants) apparaît d’abord comme une jeune fille. Il se dandine sur la musique puis enfile une robe noire, devenant quasi démiurge, une figure qui décide. C’est un « maître du jeu » sans uniforme rose, mais dont le pouvoir est tout aussi opaque. Des sonorités orientales retentissent. Les servantes tirent les couvertures, plient et replient les draps tachés de sang au rythme galvanisant des tambours. Un jeu cruel se déploie, les personnages (ou les joueurs ?) sont pris dans une mécanique qui les dépasse.

Fin de partie
Enfin, les servantes en viennent à se mutiler entre-elles (l’œil, le cœur, le sexe). Elles frottent des couteaux entre eux et les font tinter. Les suites de l’opération chirurgicale : le tissu se recoud et la danse reprend. Elles dansent ensemble, se couvrant un genou ou les deux dans les taies d’oreillers, claquant des mains jusqu’au paroxysme. Quand soudain, le roi calme le jeu.
Shéhérazade trempe un tissu dans une bassine d’eau et en frappe le torse du roi en rythme avec la musique sur scène tandis qu’une servante sans masque entame en décompte : « 7, 1000, 1001, 60-70-80 ». On entend l’écho absurde d’un décompte injuste pour les joueurs. Un personnage répète : « C’est bientôt la fin. » et la scène se transforme en concert saturé, chaotique et stroboscopique.
Game over.
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