AccueilSpectaclesComptes-rendus de spectacles - InstrumentalPogorelich à la Philharmonie : Déplacer le centre

Pogorelich à la Philharmonie : Déplacer le centre

COMPTE-RENDU – À la Philharmonie de Paris, la soirée s’inscrit dans un contexte particulier : une salle partiellement remplie, un programme modifié, l’absence de Martha Argerich…

Ivo Pogorelich prend place au piano avec Chopin. Dès les premières mesures, un axe s’impose : un rapport direct et concret à l’instrument, un travail de contact. Attaque contrôlée, son en construction, matière encore mobile. Rien d’ornemental. Dans la Berceuse, la main droite déroule des lignes fines, continues, au-dessus d’un accompagnement valsant. La main gauche soutient, relance, organise sans alourdir. Une circulation interne s’installe, nette, lisible.

Organiser l’espace collectif

Le Concerto n°2, dans sa version pour quintette à cordes, introduit une autre dimension : celle du partage. Le quatuor de la Staatskapelle de Berlin (Wolfram Brandl et Krzysztof Specjał, violon, Yulia Deyneka, alto, Claudius Popp, violoncelle) impose une assise stable, une texture dense où chaque ligne reste distincte. Les échanges passent par des ajustements constants, une écoute précise. Le violoncelle structure l’ensemble avec une présence chantante, solide. Au piano, Pogorelich travaille la continuité : délicieux rubatos, sans rupture de ligne. Le discours avance par blocs, par transferts d’énergie entre les musiciens. L’équilibre repose sur une tension tenue, sans relâchement.

Le geste qui bascule

À l’entracte, un moment bref modifie la lecture de la soirée. Pogorelich revient seul sur scène et déplace son piano. La seconde partie du récital se fera en solo. Aucun effet, aucun commentaire. L’axe sonore change, la projection se redéfinit, l’espace se réorganise. Ce geste, concret, recentre tout. Il ne s’agit plus seulement d’interpréter, mais de maîtriser les conditions mêmes du son.

Reprendre le contrôle

Les Mazurkas prolongent cette logique. Le geste visible se réduit, l’activité interne s’intensifie. Chaque pièce développe une identité propre, sans rupture. La Barcarolle s’appuie sur une main gauche rythmique, ferme, presque sévère. Au-dessus, la main droite déploie des lignes claires. La tension entre structure et ouverture reste constante. Aucun relâchement, une construction continue.

Jusqu’à l’os

La Sonate n°2 pousse ce resserrement à son terme. Le Scherzo impose des accents nets. La Marche funèbre avance avec retenue, sans surcharge. Le silence s’intègre à la structure, avec un poids égal aux notes. La fin arrive sans bis. Pogorelich salue, ses liasses de partition sous le bras. Le public reste debout. Le déplacement du piano, au centre du concert, donne la clé : reprendre la main sur l’espace pour construire un Chopin tenu, organisé, sans dispersion.

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