DISQUE – Le contrebassiste Marc André publie un premier album, intitulé « Mirage », grave intéressant :
Grave bogosse sur la pochette de l’album, taille mannequin côte-à-côte avec son instrument qu’il dépasse en tête et qui se tient bien droit pour mieux montrer la classe décontracte de son maître… Ce disque et le discours qui l’accompagne mettent grave la pression à son interprète : « À 23 ans, Marc André entre dans l’histoire en devenant le premier contrebassiste au monde à signer un contrat d’exclusivité avec Warner Classics. Une signature qui change la donne », et annonçant avec gravité que voici advenir « Une nouvelle ère pour la contrebasse » et tant qu’à faire « un nouveau chapitre dans l’histoire de la contrebasse ».
Bon… pour redescendre et repartir des bases, rien de tel heureusement que les graves fondateurs de ce pilier harmonique qu’est la contrebasse. Sauf que là, plus question de rester sagement au fond de l’orchestre en mode Do-Sol-Do-Sol… ou au mieux à l’octave inférieure des violoncelles.
Le grave de l’instrument grave de la famille des cordes est bien entendu mis à l’honneur, dès le début de l’album par un jeu très velouté sans rien perdre de sa profondeur et de sa résonnance vibrante, délicate. Mais il monte aussi vers les aigus de l’instrument, tour de force car grand-mère (surnom de la contrebasse) doit alors retrouver une voix de jeune fille, ce qu’elle fait ici avec subtilité et sans trop de perte de timbre… Certaines transitions du médium aigu restent toutefois très droites, d’une rugosité qui n’est pas la meilleure manière de traduire l’esprit Gypsy de Dvořák ou le Tango de Piazzolla (ce au service de quoi l’énergie de l’interprète s’investit assurément). Pour cela, il faudra profiter des passages lents, et c’est pas difficile : ils sont grave beaux, suaves, et clairs à la foi ! Et ça vocalise, grave.
Ça jazz aussi, car cet artiste a plus d’une corde à son manche, et même plus que 4 (pas de quoi non plus parler de « révolution technique », les contrebasses à cinq cordes et manche démontable, on connaît).
Au final, c’est le grand écart qui reste en tête et impressionne : allant chercher jusqu’aux profondeurs des enfers (alors que c’est déjà difficile de prendre le train avec cet instrument) et dans le chant enchanteur d’Orphée (de Gluck). Il rentre même en douce au cinéma (Paradiso), valse avec Tchaïkovsky ou danse avec de Falla.
Sur ce chemin l’accompagne un piano grave investi (et pour cause, il s’agit de Véronique Patricia Teruel, la maman du musicien) au point de s’éparpiller un peu, et la guitare grave vitaminée de Gabriel Bianco (qui, comme Marc André, signe des arrangements pour son instrument).
Pourquoi on aime ?
- Pour la virtuosité de bas en haut du manche
- Pour le talent sans gravité, et pourtant avec
- Pour les honneurs rendus à cet instrument trop souvent en retrait
C’est pour qui ?
- Pour les fans de contrebasse, et pas que…
- Pour ceux qui aiment bien chanter en écoutant un disque, là le tapis est épais !
- Pour toutes les grands-mères qui ont gardé leur âme d’enfant (et vice-versa)
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