COMPTE-RENDU – Le pianiste Sunwook Kim revient au Théâtre des Champs-Élysées mettant à l’honneur ses compositeurs bien-aimés, Schumann, Beethoven et Schubert.
Les bons amis…
Sa devise : consistency, soit la régularité, la persévérance. Interviewé, il dit souhaiter s’améliorer d’1% par an. Il semblerait que les comptes soient bons. Il réalise ses rêves, jouant dans les plus grandes salles, aux côtés des plus grands orchestres du monde, à cela s’ajoute la casquette de chef d’orchestre de nombreux ensembles (Gyeonggi, Orchestre symphonique d’Islande, Orchestre philharmonique de Séoul, l’Orchestre de chambre Franz Liszt, etc…). Mais c’est en solo qu’il revient à Paris, pour un récital consacré aux compositeurs qu’il dit comprendre le mieux.
La salle n’est pas remplie (culturellement, c’est de l’ordre du crime… mettons cela sur le dos du mauvais temps). Comme à son habitude, entrée sobre. Le Sud-Coréen s’attèle à sa tâche tel un artisan, sans superflu, diligemment. On décèle une irrésistible envie de jouer, visiblement il ne redoute pas le temps du récital, au contraire, il prend du plaisir. Tout de mémoire (s’il faut le préciser, c’est que ça devient de plus en plus rare), certes, ce ne sont pas des nouvelles pièces pour lui, ce sont de vieux amis, qui l’accompagnent depuis ses premiers concerts.
…font les bons comptes
Sunwook Kim, goûte à la dissonance, en restant sur la pédale un peu plus longtemps. Il transmet avec justesse la mélancolie du souvenir invoqué dans les Scènes d’Enfants de Schumann. Le mouvement circulaire du buste, ces vagues, et ces élévations, emmènent le public avec lui vers un univers contemplatif. Cet artiste est honnête avec la musique, pas de tricheries : ses piani sont réellement murmurés, ses forte, rugissants. Faire vrombir le registre grave, rendant le son gras, n’est qu’euphémisme avec lui. Les prises de risques ? Un jeu d’enfant. Les tempi du Beethoven sont engagés, bouillants, le son est brillant, le public est sur le bord de son fauteuil. Le premier mouvement est orgasmique, il faut le dire. Personne ne moufte, pas question de couper son élan ou de lui ôter ce silence si nécessaire entre les mouvements. Le public le respecte avec assiduité. Plus joueur espiègle avec Schubert, d’une précision d’orfèvre, il traque la note justement attaquée, et les couleurs proposées sont aussi vives, diverses et poignantes que sur les tableaux de Van Gogh. Un pied sur la pédale, l’autre décolle ! Il sait faire ressortir ce tempérament de feu lorsqu’il joue, tout autant qu’invoquer un calme reposant et composé d’une seconde à l’autre (cette maîtrise est peut-être due à sa ceinture noire en Taekwondo…).
Ce récital fait se demander au public qui est le plus fou des deux : Beethoven, pour avoir composé une pièce de tel muscle, ou bien Kim, de s’y attaquer avec une si grande passion.
Le public l’acclame vigoureusement, et en redemande. Chance, le Sud-Coréen est très généreux, il offre deux bis dont son favori l’Intermezzo des 6 Klavierstücke de Brahms.
À Lire également : Beethoven, d’hier… et furieusement vivant à La Seine Musicale

