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Gala des Étoiles à l’Opéra de Bordeaux : le patrimoine en éclats

DANSE — Le Gala d’Étoiles présenté au Grand Théâtre de Bordeaux affichait une ambition séduisante : réunir sur une même scène des artistes issus de grandes compagnies internationales autour d’extraits emblématiques du répertoire classique et contemporain. Sur le papier, la promesse est belle. Dans les faits, la soirée laisse une impression plus contrastée.

Le gala repose en soi sur l’enchaînement de morceaux choisis, conçus pour mettre en valeur ici nos étoiles Bordelaises et celles du ballet National de Norvège. Mais la soirée donne comme trop souvent et ailleurs le sentiment de feuilleter un album de souvenirs, piochant dans le patrimoine (mieux vaut un fil rouge qu’un fil à retordre). Ici, le génie pointe par éclairs et offre des images gravées qui donnent envie d’un plus beau récit.

L’absence de décors et la mise en avant d’étoiles place bien entendu les danseurs dans une exposition permanente. Tout repose sur eux. Dans Casse-Noisette, le sapin perd ses aiguilles : certaines fragilités techniques et une impression générale de dénuement empêchent l’extrait de déployer pleinement son pouvoir d’évocation. Les portés sont solides, l’engagement est réel, mais la magie reste intermittente notamment dans le respect de la rythmique. Le patrimoine apparaît davantage comme une succession de références que comme une expérience vivante.

La soirée trouve un premier souffle avec Roméo et Juliette. Remplaçant au dernier moment Alex Cuadros Joglar, blessé, Andrew Coffey forme avec Anaïs Touret un duo très harmonieux. Les regards circulent, les intentions sont lisibles, l’émotion surgit. On croit alors assister au véritable redémarrage du spectacle. Pourtant, le programme reprend aussitôt sa logique de juxtaposition. Le Tschaïkovski Pas de Deux, défendu avec élégance par Riku Ota et Mathilde Froustey, confirme la qualité des invités mais accentue aussi cette impression de catalogue où chaque pièce semble effacer la précédente plutôt que dialoguer avec elle.

Parmi les réussites les plus marquantes figure la présence aérienne de Ksenia Ovsyanick dans Giselle. Mais c’est surtout le chorégraphe Guillaume Debut qui met debout le public avec Rigma, pièce qui s’impose comme le moment fort de la soirée. Jeux de lumière, musique impressionnante de Sofia Avramidou, illusions visuelles et tension dramatique composent une proposition aboutie, inquiétante et fascinante. Une véritable vision artistique se déploie entre Jump scare de cinéma et registre horrifique. Âmes sensibles s’abstenir ; amateurs de frisson : accourez !

Le paradoxe de ce Gala des Étoiles et de tout gala est là : les talents réunis sont indéniables et plusieurs moments brillent intensément. Mais à force de fragmenter les œuvres, ces soirées finissent par diluer ce qu’elles célèbrent et le sens qu’elles offrent. Le génie apparaît par éclairs, il manque simplement le ciel pour les relier, pour nous laisser repartir avec les étoiles plein les yeux.

À Lire également : À l’Opéra de Paris, c’est le métier qui rentre !
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