COMPTE-RENDU – S’il fait la part belle au répertoire romantique de l’enfant du pays, le Festival Berlioz, en Isère, propose aussi des concerts intimistes aux menus éclectiques. Tel celui-ci, avec un trio de choc venu décliner un programme… de choix !
Non, vraiment, il n’y a pas le choix. Pour qui aime la grande et belle musique, ou qui voudrait la découvrir (il n’est pas trop tôt ! ni jamais trop tard…), le Festival Berlioz est un point de passage incontournable, aux portes des Alpes et du Vercors, à chaque mois d’août venu. Et il y a de quoi faire, ici, dans cette petite ville de La Côte Saint-André qui vit naître l’ami Hector voici 223 ans. Renaud Capuçon, Sabine Devieilhe, Eva Zaïcik, Philharmonique de Radio France, Orchestre du Capitole, Mourad Merzouki : tout ici n’est que florilège de grands musiciens et de grandes formations, qui défilent sous l’imposante tente dressée dans la cour du nom moins grandiose château Louis XI. Mais dans ce royal programme où tant d’illustres noms sont donc couchés sur les programmes, les amateurs de musique de chambre ont aussi de quoi trouver leur bonheur.

Les Maîtres sonneurs
Et c’est un trio de choix, en résidence pour cette édition 2026, qui vient ainsi proposer non pas un, mais trois concerts, dans cette église d’une commune dont le visiteur, après avoir sillonné ses rues escarpées (à en faire frémir les champions du Tour de France), comprend vite pourquoi elle s’appelle La Côte. Mais cela vaut le coup de prendre de la hauteur, pour venir écouter le Trio George Sand qui, après Liszt, Beethoven et les femmes compositrices, vient proposer un ultime concert « entre danses et mélodies ».

Dans ce programme à choix multiple, figurent ainsi des extraits de plusieurs trios signés Haydn, Schubert, ou Chopin. Il y a aussi une Mazurka de Pauline Viardot, un très solennel Lento d’une Sonate de Nicola Porpora, ou encore des transcriptions pour trio de la Danse Macabre de Saint-Saëns, de l’Orphée de Liszt et de la fameuse mélodie d’Orphée de Gluck. Et Berlioz, dans tout ça ? À domicile, il n’est bien sûr pas oublié, avec là aussi une transcription, celle d’Absence, emblématique mélodie de ses Nuits d’été.
À Lire également : Eva Zaïcik au Festival Berlioz, les beaux jours des Nuits d’été
Bien des œuvres en définitive, pour des instrumentistes qui, elles, ne cèdent pas au choix. Virtuosité constante, parfaite coordination, même manière de faire chanter les cordes et vibrer les sons : il y a tout, sans exception, pour honorer au mieux ce répertoire oscillant entre emballantes mélodies et motifs plus éplorés. Virginie Buscail au violon, Diana Ligeti au violoncelle, Anne-Lise Gastaldi au piano, toutes se montrent ici des orfèvres du beau son et de la mélodie qui enivre l’âme, des coups d’archets fougueux et de secs pizzicati répondant à d’autres gestes plus apaisés, les archets sachant aussi effleurer la corde comme une main le ferait d’un visage en un tendre geste d’affection.
Pas d’autre choix, donc, pour le public, que d’applaudir chaleureusement trois artistes à qui George Sand aurait sans doute pu penser en écrivant, dans Consuelo, que « La musique dit tout ce que l’âme rêve et pressent de plus mystérieux et de plus élevé. » Une musique, en tout cas, dont ce trio-là sait quoi faire : il la choie.

