ENTRETIEN – Elle a incarné Violetta Valéry sur une scène surplombant la Méditerranée, chanté Rossini et Puccini en français, joué une Nymphe façon nageuse professionnelle dans Rusalka (alors même qu’elle a pour homonyme une véritable nageuse pro !), côtoyé Cendrillon sur la scène de Bastille… En dix ans de carrière, la soprano Charlotte Bonnet a déjà vécu de sacrées aventures ! Et la trentenaire, future Mireille à l’Opéra de Marseille, ne compte pas s’arrêter là. Rencontre :
Charlotte Bonnet, comment une jeune Aveyronnaise devient-elle un jour une soprano se produisant sur les plus grandes scènes du pays ?
C’est vrai que c’est une carrière ascendante (rires). Mais la musique a toujours été dans ma vie. Mes grands-parents étaient des chanteurs lyriques, ma grand-mère, sous le nom de scène de Maria Cazals, a même chanté avec Luis Mariano dans Le Chanteur de Mexico. Elle m’a transmis cet amour du chant lyrique, mon père m’ayant ensuite donné le goût d’autres musiques, comme le jazz. De mon côté, je me suis donc tournée vers une fac de musicologie à Toulouse, et vers le conservatoire de Montauban où j’ai obtenu mon prix de chant. Puis en 2016, j’ai reçu le Premier prix du Concours de chant de Béziers, ce qui a vraiment lancé ma carrière. Après, à cette époque, j’avais chanté dans La Veuve Joyeuse (Nadia), La Fille de Madame Angot (Clairette) ou dans le rôle-titre de Véronique d’André Messager. J’ai donc un peu été étiquetée comme chanteuse d’opérette. Puis il y a eu quelques rôles d’opéra, Flora dans La Traviata, une nièce dans Peter Grimes à Avignon, puis Noémie dans la Cendrillon de Massenet à Bastille. Là, mon image a évolué.
Une image qui évolue, mais une voix aussi, même quand on est encore une jeune trentenaire ?
Oui bien sûr. En dix ans, ma voix a gagné en technique, en assurance. Il y a des piani que je peux faire beaucoup mieux qu’avant. Faire Liù, dernièrement à Rouen [dans une version française et participative, ndlr], ça a été une étape dans mon évolution vocale. Cela m’a démontré que je pouvais aborder ce genre de rôles. Le rôle-titre de Mireille, au printemps 2027 à Marseille, que Maurice Xiberras m’a fait l’honneur de me proposer, ça sera aussi une étape, en même temps qu’un vrai challenge. Il faut du medium, un grave charnu, tous les registres sont sollicités. Ma grand-mère m’avait dit que je chanterai Mireille un jour… Après cela, j’aimerais aller vers plus de rôles dramatiques, comme Manon de Massenet, l’un de mes rêves. À l’avenir, je souhaiterais aussi aller vers le Bel Canto. Après Liù, Micaëla, La Traviata, Suzel de L’Amico Fritz que j’ai commencé à chanter, je souhaite aussi aller vers des rôles de soprano grand lyrique comme Marguerite, Thaïs, les Reines chez Donizetti, Leonora…
L’avenir, justement. Comment, dans ce monde incertain à tous les niveaux, où la culture n’est pas épargnée, une jeune artiste envisage-t-elle son futur ?
Pour l’heure, j’essaie de ne pas trop penser à la suite. Je veux surtout me faire plaisir, profiter de la chance qui m’accompagne actuellement. Bien sûr, je suis encore jeune, mais j’ai déjà eu des périodes de doute. On passe des auditions, elles se passent bien, mais il n’y a pas toujours de retour derrière, alors on se questionne. Mais les choses arrivent quand elles doivent arriver. Aussi, le rôle de Mireille, ça m’a redonné foi, ça a été la récompense de tous les sacrifices que j’ai pu faire jusque-là. Moi, ce que je veux, c’est prendre du plaisir, et que les gens prennent du plaisir. Faire un travail sérieux, mais sans trop se prendre au sérieux.


