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Rachmaninov intime au Théâtre des Champs-Élysées

COMPTE-RENDU – Edgar Moreau et David Kadouch s’invitent au Théâtre des Champs-Élysées pour un récital de musique de chambre contrastant vivement avec les célébrations footballistiques.

Chez les Slaves

Pour ce dimanche après-midi en musique – qui n’a pas de titre d’ailleurs… – les deux protagonistes s’installent avec pudeur et discrétion à leurs places destinées. Un simple hochement de tête, un sourire en coin et les voilà partis pour une heure quinze de récital slave, l’amuse-bouche étant une Gypsy Song de Dvořák.

Le programme est construit autour d’œuvres méconnues du répertoire de musique de chambre de Rachmaninov et Chopin. Les deux compositeurs ne sont pas forcément connus pour avoir beaucoup écrit pour violoncelle, et pourtant, les trois pièces sont d’une grande poésie. Une tout autre facette des deux hommes s’offre au public, ils échangeraient presque leurs personnalités le temps d’une soirée : l’anguleux Rachmaninov se fait tendre, sombre, pathétique, tandis que le passionné Chopin se rend sage sans perdre de son romantisme. Tout cela est bien beau, mais il faut dire que l’approche des deux interprètes peut brouiller par moment. Le style d’écriture, le lieu, l’époque (Rachmaninov né 24 ans après le décès de Chopin), créent deux univers bien distincts, or tout semble être ici joué dans la même veine… Ajoutez à cela des enchaînements assez rapides entre chaque mouvement (laissant tout de même le public applaudir), on pourrait se perdre jusqu’à ne pas retrouver son chemin.

Individu sensible s’abstenir

Mais pas de panique, tout cela ne résume pas l’après-midi entier (une heure quinze on a dit). David Kadouch, coqueluche du réseau social Instagram, ne voit pas sa cote de popularité monter pour rien ! Le pianiste formé aux côtés des meilleurs (Murray Perahia, Maurizio Pollini, Maria João Pires pour ne citer qu’eux), modèle le son du Steinway avec délicatesse et intelligence. Son jeu perlé chez Chopin met en valeur tous ces micros-espaces entre les notes. Il se dédie corps et âme à la musique, incontestablement traversé par ces lignes mélodiques romantiques. Sa souplesse lui permet des nuances majestueusement contrastées, mettant en relief chaque phrase et Kadouch reste attentif à son partenaire tout du long, amoureux du répertoire de musique de chambre : il se retourne, cherche le contact visuel et dialogue en permanence. La complicité de ces deux musiciens est belle à voir.

Le son d’Edgar Moreau est résonnant et brillant, le répertoire choisi mettant à l’épreuve le registre aigu du violoncelle qu’il ne cesse de faire chanter, proposant une délicieuse rondeur. Les techniques d’archet utilisées sont précises et revigorantes. Le son se meut librement. Librement si ce n’est pour ces râles qui coupent la concentration du spectateur régulièrement. Oui, un musicien doit utiliser son souffle pour jouer pleinement, et chez certains interprètes cela rajoute même une dimension rythmique intéressante à la musique. Cependant, la respiration doit être libre elle aussi, n’est-ce pas ? Créer volontairement une occlusion pour produire un son rauque dérange. D’autres , célèbres, ont cette fâcheuse habitude également… Ne doit-on pas se mettre au service de la musique ? 

C’est encore une victoire pour Paris, le public (éparse) est conquis par ce récital slave, applaudissant avec satisfaction les artistes qui offriront non pas un mais deux bis qui raviront les auditeurs !

Décidément en ce moment, les étoiles vont par deux.

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