AccueilA la UneCarnet de voyage : la Venise du Palazzetto Bru Zane

Carnet de voyage : la Venise du Palazzetto Bru Zane

CONCERT – Dans le cadre feutré d’un palais vénitien, la fondation Palazetto Bru Zane ressuscite les trésors de la musique Romantique française. Un concert en duo piano-violoncelle, avec Louis Rodde et Gwendal Giguelay nous a fait voyager plus loin encore que les canaux de la sérénissime.

12 octobre. Venise.

Il fait encore une chaleur étouffante, les calle (ruelles) de la ville pullulent de touristes cosmopolites, la plupart hagards, à peine descendus de leur « grande navi » ou de leur avion low-cost. Ils sont là pour quelques heures avant de rembarquer pour une autre destination sans avoir pris le temps de s’imprégner de la ville natale de Marco Polo. Je me fraye un chemin piazza San Marco parmi ces troupeaux agglutinés, évite d’être immortalisée sur un selfie devant le Rialto. Les touristes se font de plus en plus rares lorsque je parviens au fond d’une impasse au Palazzetto Bru Zane, lieu culturel vénitien et également centre de musique romantique française, là où sont exhumés bon nombre de chefs d’œuvres de compositeurs français plus ou moins passés à la postérité avant d’être défrichés, déchiffrés et interprétés par des explorateurs en quête de découvertes insolites ! 

Ce soir, le violoncelliste Louis Rodde et le pianiste Gwendal Giguelay sont les deux musiciens invités dans le cadre du festival d’automne « au miroir des mondes », une série de concerts sur le ressenti autour du voyage, vécu ou fantasmé, le lointain se rapprochant à la vitesse de l’Orient Express ou autre machine à vapeur, la Révolution industrielle étant passée par là.

À lire également : À Venise, même la musique est romantique

Le programme des deux voyageurs français explore plus particulièrement le ressenti de celui qui est loin de sa contrée et de ses proches. Des pièces aux titres évocateurs (Sous les palmiers, Chanson arabe, Steppe canadien, Poissons chinois, La lugubre gondole, Grenade, Venise) des danses (sérénade, saltarelle, danse bohémienne) engendrent des pièces tantôt méditatives, mélancoliques ou au contraire euphorisantes pour redonner de la saveur au dépaysement. Ce programme permet aussi de découvrir des compositeurs inconnus comme René de Boisdeffre et Auguste Tolbecque.

Comme Marco Polo, le duo livre des merveilles

Tout au long du périple, les deux musiciens accordent à chaque œuvre la même attention passionnée, l’ampleur et la richesse de leur jeu. 

Ils nous guident vers des horizons lointains, profonds, suggestifs, intimes. Dans la suite intitulée Soirs étrangers de Louis Vierne, le lyrisme intense du violoncelle, le souffle et la longueur d’archet requis servent des paysages propices à la méditation comme dans Steppe canadien ou au contraire, le foisonnement frémissant du flux continu de notes en osmose avec la fluidité du jeu coloré du pianiste nous suggère la vivacité de ces « poissons chinois ». Le pianiste installe d’emblée les atmosphères dans ses introductions tel ce rythme lancinant caractéristique de la musique espagnole dans Grenade. Réminiscences légères mais aussi poignantes souvenirs comme dans la lugubre gondole de Franz Liszt, écrite pour piano puis transcrite pour violoncelle, après la mort de son ami Wagner, ici à Venise. Quelques surprises ponctuent également ce voyage : la Saltarelle d’Auguste Tolbecque, d’une grande virtuosité par ses traits diaboliques, jamais rejouée depuis sa création en 1865, ou encore cette danse bohémienne d’Offenbach, exécutée avec lyrisme, fougue confirmant la sincérité des émotions et la complicité chambriste entre les deux interprètes.

Louis Rodde et Gwendal Giguelay © DR
Quand l’actualité revient au galop

Après avoir hésité, Louis Rodde et Gwendal Giguelay ont finalement maintenu la pièce Kaddish de Ravel, en écho à l’actualité funèbre de ces derniers jours en Israël. Il s’agit d’une mélodie hébraïque, une des prières juives les plus connues, retranscrite pour violoncelle et piano. Les musiciens ne souhaitaient pas d’applaudissements mais une minute de silence que Louis Rodde a obtenu en maintenant son archet en suspension, les yeux fermés, l’expression grave. Un moment intense, un public respectueux et ému qui gardera ses applaudissements fournis pour la fin. 

Le voyage terminé, j’ai remercié mes deux guides puis j’ai repris le chemin du retour non sans avoir fait un détour par le Ghetto, me souvenant que c’est ici, à Venise, que fut inventé ce mot. 

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