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Paris, 19 décembre 1958 : on y était !

CRITIQUE FICTION – Le 19 décembre 1958, Maria Callas se produisait pour la première fois en récital devant le Tout-Paris. Blockbuster de l’Histoire de l’Opéra, l’événement a été filmé et retransmis en Eurovision (non, c’est pas ce que vous croyez) par l’ORTF, seule chaîne de télévision de l’époque.

Pour fêter les 100 bougies de la dernière des cantatrices, le film de ce concert mythique, produit et réalisé par Tom Wolff:, sera diffusé au cinéma ce week-end dans des cinémas partenaires. Pour vous donner envie de le voir, Classykêo était dans la salle du Palais Garnier ce jour-là. Nous avons ressorti ce compte-rendu de nos archives…

Les places sont chères

Maria Callas va se produire enfin à Paris ! Cette Grande Nuit de l’Opéra, en présence du Président de la République René Coty, sera marquée par le déploiement d’un faste inouï, tel que l’Opéra Garnier n’en avait plus connu depuis la seconde guerre mondiale. Pour le public de base comme moi, obtenir un billet c’est mission impossible ! Mais une nuit entière passée sur les marches de l’Opéra devant les guichets de location, malgré la foule des resquilleurs, a porté ses fruits. J’ai pu acheter un billet en seconde loge de face : l’idéal pour bien  voir et bien entendre. Une grosse dépense certes, mais je ne regrette rien. De fait, la réputation de Maria Callas n’est plus à faire. Le public français la suit attentivement et presque au jour le jour dans la presse papier, et par la parution très régulière de ses enregistrements. 

Du beau monde aux balcons

Bien entendu, tous les journaux se sont fait l’écho des déboires de la cantatrice à l’Opéra de Rome en janvier ce cette même année, avec cette représentation de Norma brusquement interrompue à la fin du 1er acte, ce en présence du Président Italien. Est-ce qu’elle viendra à Paris ? Est-ce qu’elle chantera ? Oui, la radio annonce son arrivée le matin même à l’aéroport d’Orly. Quelle journée excitante pour moi ! Je la passe à faire les cent pas dans mon appartement, dans l’attente, puis je pars louer le smoking exigé pour accéder à la salle de spectacle. Le Tout-Paris, escorté par la Garde républicaine à cheval, se presse devant le bâtiment. Outre les politiques, le Paris aristocratique est largement représenté : le Duc et la Duchesse de Windsor et La Bégum Aga Khan garnissent les loges d’or et de fourrures. Le Paris mondain est là aussi : Jean Cocteau, Brigitte Bardot et son compagnon du moment Sacha Distel, le comédien Gérard Philipe… et même Patachou ! Cette soirée exceptionnelle est diffusée en direct sur la seule chaîne de télévision française dans une présentation du populaire Pierre Tchernia, et plus largement en Eurovision. 

Callas, dans son costume de Tosca, après l’entracte © Fonds de Dotation Maria Callas
Cadeau souvenir

De plus, cette Nuit de l’Opéra est donnée au profit de la Société d’Entraide des Membres de la Légion d’Honneur : en somme, une bonne action que la présence de la Callas magnifie ! Le superbe programme de salle de couleur rouge est tiré à mille exemplaires et comporte un 33 tours partiel du dernier enregistrement de la cantatrice chez Columbia : Les Héroïnes de Verdi, gravé à Londres en septembre 1958. Dès l’ouverture du rideau de scène, les applaudissements retentissent, alors que La Callas apparaît vêtue d’une splendide robe de velours rouge, taille de liane et yeux d’encre. On ressent une certaine fébrilité dans son attitude, ne connaissant ni le public parisien ni surtout le chef d’orchestre, Georges Sébastian, bien peu habitué à diriger un répertoire comme la Norma de Bellini qui ouvre le programme.

Un récital modèle géant !

La voix de Callas s’élève, fascinante, unique par son timbre et cette façon d’entrer de façon immédiate dans la psychologie du personnage. Elle possède le don de créer la vie. L’Orchestre et surtout les Chœurs de l’Opéra la suivent, un peu comme ils peuvent. Sans attendre, Maria Callas apporte la preuve de ses multiples talents avec la tragique Léonore du Trouvère de Verdi, suivie juste après de toute l’espièglerie de la Rosine du Barbier de Séville. Le volume et l’étendue de sa voix surprennent dans cet air dévolu en France aux sopranos légers. Léonore apparaît dans toutes les facettes de sa féminité, bien loin du personnage fragile habituellement interprété. 

À lire également : Maria Callas, la bio d’un siècle

L’art de Callas est bien celui de la restitution et de l’authenticité. Le deuxième acte de Tosca de Puccini; dans une mise en scène du baryton José Beckmans, lui permet de conforter sa dimension de tragédienne lyrique. Entourée de son ami et complice Tito Gobbi dans le rôle de Scarpia, en très grande forme, et du ténor Albert Lance, appelé à remplacer la veille du concert un José Luccioni souffrant, une Callas impériale triomphe et gagne le cœur du public parisien. Les ovations pleuvent, sans s’arrêter.

I’ll be back

La soirée est mémorable, et Maria Callas s’engage à revenir à l’Opéra de Paris pour une série de représentations. La direction de l’Opéra parviendra-t-elle à tenir cette promesse ? L’avenir le dira ! Maria Callas, à tout juste 35 ans, paraît au zénith de sa carrière et de sa plénitude vocale. Il reste à s’interroger sur les années à venir, et surtout sur le rythme effréné qui fut jusqu’à présent le sien. De nouveaux opéras et de nouveaux rôles l’attendent, c’est certain. Mais Callas, au sommet de sa beauté et de son charisme, pourrait privilégier une autre voie, plus strictement personnelle… C’est tout le bien qu’on lui souhaite !

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2 Commentaires

  1. C’est une soirée mondaine, plutôt qu’un parfait aboutissement musical. Choeur fâché avec l’italien et un immense gâchis rythmique dans la reprise du « Casta Diva » de Norma où tout le monde s’emmêle les pinceaux! L’orchestre est perdu dans Bellini, répertoire alors quasiment jamais représenté en France …. Et Callas, bien qu’en totale maîtrise, montre des signes d’agacement et on la comprend. Vocalement, elle est comme souvent après 1955, sur le fil du rasoir. Mais quelle musicalité, quelle présence instinctive (elle qui ne voyait rien à deux mètres!) C’est bien cela, l’instinct artistique et finalement, le génie. Heureusement que cette soirée de gala a été enregistrée. Joyeux anniversaire du centenaire à La Divine!

  2. BONSOIR,
    Je m’intéresse à l’évolution des prix d’opéra. La venue de la Callas en 1958 à Paris a été un évènement exceptionnel. Vous l’avez vécu! Pourriez vous m’indiquer quel était alors le prix APPROXIMATIF – en francs de l’époque – d’une place « moyenne »?
    Merci de votre aide.

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