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Ballets russes à la Philharmonie : faut-il y aller les yeux fermés ?

CONCERT-CINÉ – Pour renouveler l’approche de trois célèbres ballets de Stravinsky, la Philharmonie de Paris proposait ces 28 & 29 février 20024 un concert avec projections de films muets : L’Oiseau de feu, Petrouchka et Le Sacre du Printemps, interprétés par l’Orchestre de Paris sous la baguette de Klaus Mäkelä, se sont ainsi vus doublés des images de Rebecca Zlotowski, Bertrand Mandico et Evangelia Kranioti.

De la musique à l’image…

Nés d’une commande de Diaghilev, les trois premiers ballets composés par Stravinsky sont conçus pour accompagner une chorégraphie (c’est le principe du ballet… mais il se voit ici chamboulé d’art-d’art). Leurs arguments respectifs décrivent d’ailleurs des scènes ou racontent des histoires assez précises, inspirées du folklore russe. Mais point de danseurs ce soir, dans cette salle philharmonique où l’orchestre fourni et le public nombreux ne tiennent déjà que tout juste… Et pourtant, l’envie d’illustrer ces trames narratives et d’ouvrir les yeux sur cette culture demeure, toujours aussi vive.

À Lire aussi : Noces d'or entre Stravinsky et Ravel

Le compositeur lui-même aurait d’ailleurs déclaré : “J’ai toujours eu horreur d’écouter la musique les yeux fermés, sans une part active de l’œil. La vue du geste et du mouvement des différentes parties du corps qui la produisent est une nécessité essentielle pour la saisir dans toute son ampleur.” Alors, pour remplacer les danseurs, quoi de plus naturel que le truchement d’un grand écran ? 

une production en provenance du Festival d’Aix-en-Provence, qui fait les présentations
De l’image à la musique…

Face à ce genre de dispositif scénique, le risque est grand de verser dans l’un des deux camps qui semblent généralement diviser une grande partie des spectateurs : enthousiasme béat ou raidissement conservateur. Heureusement, les films semblent puiser aux deux sources, voire les réunir (et la musique avec). Rebecca Zlotowski accompagne L’Oiseau de feu d’un court-métrage situable aux alentours du Paris de la Belle Epoque, esquissant une mise en abyme du cinéma dans une atmosphère psychanalytique esthétisée. Bertrand Mandico double Petrouchka d’images de mannequins se livrant à toutes sortes d’activités “dans une cave” et “en pleine guerre”. Le lien avec la musique se fait cependant de plus en plus discret… Mais toute possibilité d’hésitation disparaît au contraire de l’adaptation d’Evangelia Kranioti : le Sacre devient l’occasion d’un manifeste contre la destruction d’une Nature idéale par la Modernité meurtrière. Rien n’empêche d’acquiescer à la thèse, – mais de trouver son didactisme un peu irritant.

Ou de la musique à la danse ?

Faut-il alors fermer les yeux ? Ce serait se priver d’un autre succédané de ballet : le spectacle de l’orchestre lui-même, vibrant et tressaillant comme un animal sauvage. Sous la baguette d’un dompteur possédé, il interprète cette musique, dont la pulsation est si déterminante, avec une violence parfaitement coordonnée. Klaus Mäkelä dirige avec une énergie toute corporelle, capable aussi bien de recréer le silence des origines que de faire exploser l’ensemble des forces telluriques. Avec le corps de ballet qu’est son orchestre, et lui en danseur étoile, la chorégraphie est complète.

Décidément, les ballets russes semblent pouvoir encore se suffire à eux-mêmes.

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