Les Saisons de Haydn : toile de maître

COMPTE-RENDU – La Philharmonie de Paris accueille Jordi Savall, l’orchestre du Concert des Nations et le chœur de la Capella Nacional de Catalunya pour interpréter Les Saisons de Haydn. Avec eux, le ténor Tilman Lichdi, le baryton Matthias Winckhler et la soprano Lina Johnson. Un cours de peinture par un maître, en deux temps quatre saisons !

Colorer sa palette

Été, automne, hiver… Chaque saison a sa propre palette, ses propres couleurs exprimées non seulement dans la musique de Haydn, mais aussi dans les coloris des voix, les teintes éclatantes du chœur et l’expressivité chatoyante de l’orchestre. 

Lignes et contrastes – Chœur et orchestre :  Ces nuances sont à chercher dans les contrastes clair-obscur du chœur, chœur par ailleurs impressionnant dans son travail de mobilité et de précision dans la coordination des voix. L’orchestre lui aussi démontre une habileté et une parfaite maîtrise de ses élans de dynamisme, mis en scène avec à la fois précision et éclat.

Lina Johnson – vert printanier : Les couleurs, ce sont également celles des timbres des chanteurs ; on dirait ainsi que la soprano Lina Johnson (Hanne) oscille entre des teintes printanières, par la luminosité délicate et la fraîcheur de la voix. On notera de doux aigus menés avec attention (notamment dans un bel a capella), malgré une sécheresse et un manque de souplesse dans le chant qui disparaîtra après l’entracte (consacré à « L’automne » et « L’hiver »), la soprano ayant gagné en assurance. 

Matthias Winckhler – Nuances de brun : Dans les couleurs plus sombres, on parlera d’une palette automnale pour le baryton Matthias Winckhler (Simon), dont les teintes plutôt brunes et ocres sont mises en relief par une voix assez martiale, bien tenue, souple et dégagée, permettant une diction nette et précise.

Tilman Lichdi  – Jaune lumineux : Enfin, le ténor de Tilman Lichdi (Lukas) présente de nombreuses nuances soulignées par une voix très lyrique. Le timbre est caractérisé par une clarté telle qu’on pourrait, ici, l’assimiler à un début d’été encore frais. Là aussi la souplesse est de mise, Lichdi maîtrisant son instrument avec une grande aisance. Claire est également la diction, l’un des points forts du chanteur qui fait apprécier toutes les sonorités de l’allemand.

La toile : géographie fidèle
Les Saisons, N. Poussin, Musée du Louvre, Paris © DR

Avec tant de couleurs, Jordi Savall élabore une peinture variable suivant le cours des saisons. Le chef catalan se fond dans la musique avec un naturel émouvant et sa direction, toujours aussi précise, est ce soir comme un pinceau qui donne forme aux couleurs exprimées par les instruments et les voix. Ainsi, dans l’introduction de « L’Été », on peut imaginer des champs brûlés par le soleil, un tableau soutenu par l’intensité dramatique de l’orchestre. L’expressivité de la musique de Haydn, le paysage que peint Jordi Savall, est donc révélé par sa direction fluide et leste. Le peintre ne perd rien du paysage, auquel il reste fidèle et dont il cherche, le mieux possible, à retranscrire tout le détail, la finesse et la force de l’impression. Ainsi laisse-t-il la musique du compositeur se déployer, sans la contraindre.

À lire également : Beethoven par Jordi Savall : un retour aux sources

Les applaudissements sont unanimes et c’est avec un éclat qui n’en finit pas que tout le public remercie les artistes. Alors que filent les saisons, la peinture et la musique se métamorphosent au fil des nouvelles couleurs qui naissent. C’est sur les tons blanchis de l’hiver et de la nuit qu’est portée la touche finale au tableau.   

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