AccueilSpectaclesComptes-rendus de spectacles - LyriqueNatalie Dessay : la révérence du chêne

Natalie Dessay : la révérence du chêne

RÉCITAL – Bordeaux, antichambre des plus grandes voix, retrouve son étoile pour un tour d’adieux : Natalie Dessay en récital symphonique, à l’Auditorium de Bordeaux, ce jeudi 30 mai. Retour dans la ville de ses racines pour la chanteuse, qui s’apprête à tirer sa révérence lyrique, la saison prochaine.

Trois airs et un monologue pour voix et orchestre : aujourd’hui, la politique est à l’économie. Pour cette soirée annoncée comme « grand récital de Natalie Dessay », le public s’attendait à une prestation exceptionnelle, à la hauteur de la renommée de l’immense chanteuse. Pourtant, un changement de programme de dernière minute laisse planer un doute sur une possible fatigue de la soliste. L’ambiance est changeante en salle, mais la promesse de découvrir ce qu’elle réserve maintient l’excitation.

Seule dans les cimes

Et pour cause : en cette première partie de concert, Natalie se révèle évidemment inébranlable, et avance en terrain parfaitement connu, sur des planches qui lui sont chères. Son célèbre timbre, marqué par les années de scène, demeure redoutablement impressionnant, joyau de brillance et de douceur. Il serait d’ailleurs bien de mauvaise foi de ne pas mentionner ses pianissimi : délicatement posés, et toujours maitrisés, face à une salle conquise.

Pas de doute, nous sommes bien en présence d’une étoile. Mais son Poulenc, vocalement moins convaincant que ses Mozart, nous déçoit presque, et si on tendait volontiers l’oreille pour écouter ses piani, l’exercice devient vite frustrant lorsque la voix se révèle fatiguée. Et malgré tout, on regrette une difficulté à passer sur l’orchestre, pourtant déjà bien timide, et une voix de poitrine faible, qu’on découvre, assez ironiquement, dans sa seule intervention parlée de la soirée :

« Les voyous, les buses, les gales! » Et là, enfin, sa voix traverse la salle. 

L’arbre qui cache la forêt

Amère ironie d’ailleurs, lorsqu’on connaît la nouvelle carrière théâtrale de Natalie Dessay, pourtant si monumentale chanteuse ! Un bref salut et elle disparaît finalement, en un tourbillon de paillettes dorées, nous laissant en compagnie d’une Gemma New survoltée. La cheffe néo-zélandaise virevolte, s’enflamme et nous offre un Beethoven héroïque, fougueux, mais surtout amoureux. 

© Roy Cox 

Gemma s’impose ici en cheffe étonnante de vivacité, avec une direction tourbillonnante, et une jambe droite remarquable, qui, lorsqu’elle s’envole, présage des étincelles. Curieusement cependant, elle semble bouder les altos, et effraie presque d’imprécision sur certains gestes. Le deuxième mouvement du Beethoven paraît moins assuré, et l’ensemble perd de sa superbe. L’Orchestre National Bordeaux Aquitaine se distingue néanmoins par son agilité, et c’est dans un finale glorieux que cette soirée se clôture, emportant le public dans une ovation enthousiaste. 

À lire également : Natalie Dessay, la lady in blue

Pourtant, cette fin en apothéose laisse un goût amer en l’absence d’un ultime salut de Natalie Dessay, dont l’ombre continue de planer sur la scène. Les adieux semblent faits, et Bordeaux retourne au silence.

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1 COMMENTAIRE

  1. Belle analyse de cette soirée. Un goût très amer c’est vrai, pour moi et les nombreuses personnes entendues dans le hall à l’issue. Cette soirée d’1H40 « vendue » sur le nom de Nathalie Dessay ne la concernait qu’au tiers en fait d’où l’impression quasi générale, à mon avis, d’arnaque, même si on adore l’ONBA mais là n’est pas le sujet. Qui en est responsable? Mme Dessay? L’opéra? Nous aimerions bien le savoir….

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