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Marathon Netflix à Tours : les Chroniques de Beethoven en 5 saisons

FESTIVAL – Pour l’édition des 60 ans, le festival de la Grange de Meslay nous a gâté : sur 3 concerts, le dimanche après-midi, ce sont 4 pianistes, deux quatuors à cordes et une contrebassiste qui se sont partagé l’intégrale des Concertos pour piano de Beethoven. Une orgie de musique en mode marathon Netflix…

On est dimanche, il est 14h, et comme d’hab’ dans ce fichu printemps décidément bien gris : il pleut. On est allé faire un brin de courses au marché ce matin, histoire de dire qu’on a  mis le nez dehors au moins une fois, et on s’est précipité sous le plaid, pour au moins un des avantages de ce temps de chien : on va pouvoir se faire un marathon ! Un marathon, ok, mais qu’est-ce qu’on regarde ? 

Black mirrors ? Trop flippant… The Office ? Déjà vu mille fois… Friends ? Pareil… Les Chroniques de Bridgerton ? Attends, j’ai beaucoup mieux : Les Chroniques de Beethoven !! C’est parfait : 5 saisons, 5 concertos. Voilà de quoi nous tenir l’après-midi, et même un bout de la soirée. Et puis c’est une série qui a fait ses preuves en tenant le public en haleine depuis deux siècles. De quoi faire passer les Feux de l’Amour pour un feu de paille.

Un marathon Beethoven, voilà donc ce que proposait le festival de la Grange de Meslay ce dimanche aprèm, à St Avertin, dans la banlieue de Tours. 3 concerts (14h, 16h et 19h) pour faire le tour d’un scénario à rebondissement, avec 4 pianistes pour jouer le premier rôle, 2 quatuors pour tenir la trame, et une contrebassiste héroïque qui assure, tout du long. Allez, on est prêts ? On a son pop corn ? Le chat est là ? Alors c’est parti : 

Saison 1 : On installe les personnages

La série commence par nous installer les bases du genre, avec le Concerto n°1 en Ut majeur. Une tonalité basique, pour rentrer dans l’intrigue. On capte tout de suite le déroulement du scénario. Ça démarre par un grand mouvement un peu épique, plein de rebondissement, où tous les personnages dialoguent et ont leur petit monologue. On sent un peu de tension entre les acteurs, mais tout le monde joue son rôle. Et puis l’acteur principal est super charismatique. Tanguy de Williencourt il s’appelle : un beau gosse doux comme un agneau qui assure comme une bête. Virtuose quand il faut, attentif aux autres, mais qui ne brille jamais autant que dans la cadence, c’est à dire quand toute la lumière est sur lui. C’est LA scène de la saison clairement. Si ça continue comme ça, on sera bien…

© Gérard Proust
Saison 2 : le Prequel

Et là, énorme surprise ! Là où on pensait que la suite serait un copier-coller de la saison 1, bim ! Les créateurs nous sortent un préquel ! Et oui, premier plot-twist : en fait le Concerto n°2 en Si bémol Majeur de Beethoven, c’est le premier ! Et là, dans ce récit des origines, on comprend d’où vient le style de ces concertos, on entend les influences de Mozart et de Haydn, et on se dit que finalement on invente rien tout seul… On découvre que notre héros lui aussi s’est cherché avant de s’affirmer… On retrouve Tanguy dans le rôle-titre, avec un quatuor Fidelio qui porte bien son nom : les quatre musiciennes ne changent pas une virgule du texte, et arrivent à retranscrire dans notre petit écran les trois dimensions de l’orchestre prévu par Beethoven. À la fin de cette saison qu’on a pas vu passer, on est content d’avoir vu les bases, mais on en demande un peu plus. 

Saison 3 : la maturité

Et on est servis ! Le Concerto n°3 en ut mineur est sûrement un grand classique du genre qu’on a l’impression d’avoir entendu mille fois. Mais pour briser la monotonie, les show-runners nous ont réservé une surprise, en changeant l’acteur principal. C’est Nathanaël Gouin qui prend le rôle-titre. Changement de style avec cet aristo à la classe folle qui joue tout comme si c’était une comptine pour enfants. Fluide, facile et puissant, son jeu remplit tout l’espace sonore, comme s’il était lui-même l’orchestre. Dans un des fondamentaux de la série, le mouvement lent, son toucher de velours berce et jette sur la journée une douce atmosphère printanière qui nous maintient dans notre cocon, prêts à lâcher prise. C’est le moment de douceur dont on avait besoin dans une saison agitée. À ce moment-là, on se dit que la série ne peut pas faire mieux, et qu’avec une saison de plus elle risque de s’épuiser…

© Gérard Proust
Saison 4 : la révélation

Mais paaaaas du tout ! Saison suivante : Concerto n°4 en sol Majeur. Nouvel acteur sorti de son chapeau par la boîte de production : Jonas Vitaud. Alors lui, on le connaissait pas, mais qu’est-ce qu’on a découvert… Clarté, souplesse, vision : toutes les qualités des plus grands réunies dans un artiste à qui la musique parle à l’oreille. Dans le mouvement final, il comprend l’intérêt de la répétition chez Beethoven : chaque retour du thème initial est comme une eau claire qui nettoie, pure et limpide. Comme un flashback qui rappelle l’idée directrice, le centre de gravité entre deux mondes mélodiques aux intensités variables, que Jonas Vitaud orchestre comme un chef. 

Jonas Vitaud : simple comme Beethoven…
© Leslie Videt

Une qualité de plus : Jonas Vitaud est un monde d’humilité. Curieusement, c’est sans doute celui qui se met le plus dans l’ombre de la musique qu’il joue et pourtant, c’est sur lui que la lumière de Beethoven brille le plus fort. Chapeau l’artiste. Et, comme par magie, c’est à ce moment-là que le quatuor Elmire, autre grand artisan de cet après-midi, se révèle. De l’écoute impeccable qu’il leur est permis découle un son en parfait équilibre et des départs qui ne sont pas seulement dans les temps, mais qui incarnent le temps lui-même. Est-ce que c’est l’écriture de cette saison 4 ou les acteurs qui la mettent en mouvement ? Une chose est sûre : c’est la plus réussie.

Saison 5 : l’Empereur contre-attaque 

C’est du plus haut sommet qu’on chute le plus dur, non ? Tristement, la série s’achève sur une dégringolade, alors que ce Concerto n°5 en mi bémol Majeur dit « l’Empereur » nous promettait tant : le retour du grand maître, Jean-François Heisser dans le rôle principal, associé à nos petits chouchous du Quatuor Elmire. Seulement voilà, le grand maître a écrasé les apprentis. Plutôt que de proposer l’osmose qu’on avait trouvé tout au long de l’après-midi, à des degrés divers, le héros se muait en dictateur sur le mode du « je choisis mon tempo, et si vous êtes pas contents je jouerai plus fort que vous ! ».

© Gérard Proust

Promesse tenue… dès les premiers instants du premier mouvement l’oreille est saturée de pédale et les coups de marteaux pleuvent. Le problème, c’est que ce choix très peu démocratique pourrait encore passer si l’interprétation était irréprochable, si le phrasé était élégant et la partition respectée. Mais on a eu l’exact inverse, faisant craindre qu’à tout moment le Quatuor Elmire jette l’éponge, ou pire : que la musique s’arrête d’elle-même devant si peu de considération pour son créateur. Ce n’est pas arrivé, et il faut remercier les jeunes musiciens du quatuor Elmire pour ça. Voire même, leur donner une médaille…

À lire également : Nikolaï Lugansky, funambule au fil d’acier

Au final, ces Chroniques de Beethoven ont fait plus que nous passer le temps : elles nous ont fait oublier le climat morose de ce mois de juin, et transporté dans un monde merveilleux où les heures passent plus lentement, où l’air est rempli de générosité et de fougue, traversé ça et là par de clairs soleils comme dirait l’autre. Au moment de faire chauffer les coquillettes du dimanche soir, on se dit que s’il repleuvait le week-end prochain, on s’en ferait bien un petit deuxième…

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