Samson : l’origine du mâle

OPÉRA – Coup de Poker à Aix-en-Provence ! Dans la nuit étoilée du théâtre de l’Archevêché, Pygmalion et le metteur en scène Claus Guth proposent un opéra recomposé à partir de fragments des partitions de Rameau, pour raconter un de nos mythes fondateurs : le guerrier Samson, dans un blockbuster qui n’a pas grand chose à envier aux épopées héroïques des studios Marvel…

Tout est dévasté. Dans un immeuble dont le toit arraché laisse se dessiner des flaques sur un sol en poussière, sans qu’on sache quel cataclysme a conduit à l’effondrement, une vieille dame entre. C’est la mère de Samson. Dans sa voix, petit à petit, de récits d’enfance en citations bibliques, l’histoire de son fils s’écrit devant nous, spectateurs témoins de la naissance du mal. Elle s’écrit en lettres de sang, et chacun de ses chapitres est une mort à ajouter au grand récit des victimes de la violence, de l’abus et de la quête de pouvoir qui semble ne jamais connaître de fin, tant et depuis que les hommes règnent sur terre.

Qui vit par le feu…

La Bible est le berceau de ce premier mythe, de cette tragédie des origines qui lance l’humanité dans le cycle infernal de la vengeance. Samson y est un don du ciel, une force de la nature, mais il est aussi une puissance à apaiser, constamment. Devant nos yeux, la tragédie qui se déroule est celle d’un homme qui a pris la mauvaise habitude de régler ses problèmes par la violence que lui autorise une force surhumaine. Contre ses ennemis, cet Hercule biblique n’hésite pas à frapper, et à frapper fort. Alors, puisqu’il doit être vaincu, et qu’il ne peut pas l’être sur le champ de bataille, c’est en supprimant sa capacité à être un homme heureux, en brûlant autour de lui tout ce qui peut apaiser la bête, que les oppresseurs de son peuple décident de le détruire. Pauvre Samson, qui récolte à la fin de l’histoire tout ce qu’il aura semé : le chaos et la violence. Qui vit par le feu…

© Monika Ritterhaus
Raviver la flamme

Elle est pas mal notre intro, non ? Vous avez peur là ? Et bien nous aussi, on a eu peur de ce spectacle. Et c’est le signe qu’il est réussi… Comme toutes les années pair, le show baroque du festival d’Aix-en-Provence accueille Pygmalion, pour une des créations qui aura poussé le plus loin la qualité de la réalisation et la transgression du projet musical. Toucher à Rameau, autoriser que parmi la trentaine d’opéra du compositeur on aille piocher des airs, des choeurs, des ouvertures et des interludes pour construire un spectacle de toute pièce, c’est plutôt osé. Mais ça passe ! Après tout, la bande à Pichon a Rameau dans les veines depuis sa création. Pour celles et ceux qui ont la ref, Pygmalion c’est le nom d’un ballet de Rameau himself, composé en 1748, que Raphaël Pichon rêvait de jouer avec ses copains d’études. Alors s’il y en a bien qui peuvent se permettre de composer avec la musique du maître français de l’opéra baroque, c’est bien eux !

© Monika Ritterhaus

L’histoire de Samson est racontée ici, pas dans un opéra à proprement parler, mais dans un assemblage de partitions issues d’autres œuvres de Rameau, pour reconstituer ce qu’aurait pu être cet Opéra, s’il n’avait pas été empêché par la censure au XVIIIème siècle, quand Voltaire et le musicien ont décidé de s’unir pour produire une tragédie lyrique d’un genre nouveau. Sauf que « nouveau », à l’époque, ça rimait plutôt avec « ciao »… Le projet n’aura donc jamais lieu.

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Histoire de réhabiliter ce raté historique, Raphaël Pichon et Claus Guth (mise en scène) se sont unis pour construire un récit cohérent à partir de ces fragments baroques, liés entre eux par l’écriture d’Eddy Garaudel, qui fait fonctionner le tout. Si on ne le savait pas, on y verrait que du feu…

Les moments forts

On ne veut pas vous spolier la mise en scène, mais en attendant la rediffusion sur Arte concert, on vous propose quelques highlights de ce blockbluster biblique :

  • Les scènes de combats au ralenti, façon 300, avec les effets sonores de Mathis Nitshke. Ridley Scott, gare à toi !
  • La chute de Samson depuis la cage de scène, parfaite illustration de la déchéance du héros
  • La scène larmoyante la pauvre Timna, qui se rend compte qu’elle a épousé une brute, juste avant de se faire assassiner par Achisch. Du Léa Desandre dans le texte : droit au but, vers les cimes.
© Monika Ritterhaus

Vous l’aurez compris, il n’y a pas grand chose à laisser de côté dans ce projet qui rassemble des moyens dignes des studios Marvel pour raconter l’histoire de Samson. Mise en scène, solistes (à une ou deux exceptions près), chœur et orchestre sont au top de leur art. On ne peut qu’espérer que cet article vous aura donné envie de regarder spectacle (au sens propre). Vous pensiez que la violence de notre société était un phénomène récent ? Allez donc faire un tour du côté de l’Ancien Testament…

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