Theater of Dreams : cœur à corps

DANSE – Une plongée hypnotique dans l’inconscient. Le Théâtre de la Ville a frappé fort pour clôturer sa saison en beauté en accueillant la première mondiale de Theatre of Dreams, la dernière création d’un des chorégraphes les plus en vogue du moment : Hofesh Shechter, qui avait déjà lancé les festivités en septembre dernier pour la réouverture du Théâtre avec Contemporary Dance 2.0. Le chorégraphe israélo-britannique nous offre une nouvelle pièce percutante, hypnotique et saisissante. Une expérience qui se vit autant qu’elle se regarde.  

Show must go on…

Dès le début, le ton est donné. Un homme du public monte sur scène, erre comme un somnambule, entrouvre le rideau et disparaît, comme englouti par l’obscurité. Le spectacle peut alors commencer, rythmé par l’ouverture et la fermeture inlassables de ce rideau, révélant des fragments de danses aux styles variés : folkloriques, hip-hop et clubbing tantôt macabres, tantôt joyeuses mais toujours empreintes d’une énergie dingue. Ces tableaux fugaces, comme des bribes de rêves rythmés par les battements de paupières, nous plongent dans un état de rêve éveillé où les frontières entre réalité et imagination se brouillent. Une sensation étrange où le spectateur que nous sommes peut s’évader un court instant dans ses songes. 

Dream on

L’atmosphère onirique à la David Lynch est accentuée par les jeux de lumières de Tom Visser. Une brume mystérieuse enveloppe la scène, accentuée par le lourd rideau. Les corps des danseurs tantôt éclairés d’une lumière rouge vif, tantôt de lumières blanches se meuvent avec une puissance rare. Les pieds ancrés au sol et les bras levés vers le ciel, les treize interprètes se donnent corps et âme dans une danse énergétique, à la frontière entre le clubbing et la gaga danse (une méthode d’introspection développée par Ohad Naharin pour favoriser le lâcher-prise et la confiance en soi). Ils entrent parfois en transe comme s’ils avaient bu de l’ayahuasca, un puissant hallucinogène. Il y a quelque chose à la fois de tribal et charnel dans leurs gestuelles envoûtante. Hofesh Shechter le confie d’ailleurs lui-même dans ses interviews : « Nous essayons de nombreuses choses en improvisant » et il faut « accepter de se perdre ».

Pourtant, malgré l’aspect spontané et imparfait de certaines séquences où les bras ou les jambes ne montent pas à la même hauteur, l’ensemble du collectif dégage une harmonie saisissante. Chaque passage est intense, comme ce solo où un danseur débarque à nu sur scène, semblant sortir d’un bad trip ou cette femme qui court seule jusqu’à épuisement en se déshabillant en même temps.

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Cœur à corps

La musique, composée par Hofesh Shechter lui-même participe pleinement à l’immersion du spectateur. Forte et intense, elle se vit dans son intégralité en protégeant ses tympans par des bouchons d’oreille distribués par l’équipe d’accueil. Elle pulse comme un battement de cœur sourd et récurrent, comme un écho à la pulsation qui ne s’arrête jamais. Trois musiciens en live, vêtus de costumes rouges, renforcent l’intensité de cette performance brute. 

Après son chef d’œuvre macabre « Double Murder », Shechter nous invite à explorer les méandres de nos rêves les plus sombres. Poétique et percutant, il nous offre une fois de plus une danse qui se vit et nous bouleverse. En effet, à la fin de la première partie, il nous invite à une longue pause participative où certains spectateurs peuvent se dégourdir les jambes en dansant dans la salle et sur scène. D’autres forcément dégainent leurs portables pour filmer la scène, avant un rappel à l’ordre qui indique que le spectacle va reprendre et que les spectateurs doivent retourner à leurs sièges. 

À la fin du spectacle, le public du Théâtre de la Ville, complètement conquis, n’a pas hésité à se lever pour ovationner les danseurs. Bref, Theatre of Dreams est une expérience théâtrale qui se vit. 

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