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Fauré : le grand Debarguement !

DISQUE – Couvrant une période allant du romantisme au modernisme, l’œuvre pour piano de Fauré reste encore largement inconnue. Il fallait l’audace et le courage de Lucas Debargue pour, du clavier de son piano 102 conçu en 2015, faire découvrir au grand public un compositeur majeur de l’histoire de la musique française. Le résultat en est-il pour autant convaincant ?

Même pas peur !

Après l’intégrale des mélodies proposée par le ténor Cyrille Dubois et son accompagnateur Tristan Raës, c’est aujourd’hui la totalité de l’œuvre pianistique de Gabriel Fauré (1845-1924) qui nous est proposée en coffret 4 CD publié chez Sony. De la part d’un compositeur que la postérité a surtout retenu pour son Requiem, et dont l’abondante musique de chambre n’est pas encore trop exposée, on pouvait redouter l’audition in extenso de l’ensemble de l’œuvre pour piano solo, encore moins connue que les pièces pour plusieurs instruments. On sait, hélas, à quel point les intégrales de plusieurs heures, qui contiennent aussi bien les chefs d’œuvre hyper connus que les pièces délaissées ou jugées mineures, peuvent parfois susciter au disque ennui et lassitude. Vous nous voyez venir : ici c’est l’inverse !

Fauré en trois temps

Plutôt que de regrouper les différents morceaux par sous-genre ou catégorie (préludes, barcarolles, nocturnes, impromptus ou valses-caprices), comme l’ont fait de par le passé d’autres maisons de disque, Sony a fait le choix de l’approche chronologique. Ce véritable voyage à travers la vie Fauré permet de faire ressortir l’évolution de son style, et notamment d’appréhender les fameuses « trois manières » souvent mises en avant par la musicologie. Bien sûr rien d’absolu ici : les trois périodes se chevauchent parfois dans le temps :

  • Première période : des début jusqu’à 1890, caractérisée par l’influence de la musique allemande, reconnaissable à un certain classicisme qui en fait l’émule de Beethoven, Schubert, Mendelssohn, Schumann, Liszt ou Chopin. Les plages du premier CD, dont les titres mêmes rappellent les compositions des grands anciens – Romances sans parole, Ballade, Impromptus, Valses-caprices, Nocturnes, rentrent résolument dans cette catégorie, qui bien entendu n’exclut en rien le virtuose et le brillant, à l’image de l’étourdissante Quatrième valse-caprice, aux échos lisztiens (Franz Liszt).
  • La deuxième période : jusqu’au début du XXe siècle, elle se distingue par le recours à des harmonies plus subtiles et plus audacieuses, ce que montrent idéalement les Huit pièces brèves ou encore le Thème et variations en ut dièse mineur op.73.
  • La troisième période, celle des dernières œuvres, est également contemporaine des problèmes de surdité qui affectèrent les dernières années de la vie de Fauré, phénomène qui permet d’expliquer l’évolution de sa musique vers plus de dépouillement, de statisme et d’’immatérialité que certains ont vu comme une certaine aridité, et dont les Neuf préludes op.103 sont sans doute l’illustration idéale.

Pour se faire une idée du chemin parcouru tout au long de la carrière musicale de Fauré, la comparaison entre le 13e Nocturne op.119, la dernière œuvre de Fauré pour piano, et les Trois Nocturnes op.33 des premières années, sera sans doute l’exercice le plus éloquent.

Une interprétation magistrale

Pour rendre compte d’une telle diversité, il fallait un pianiste capable à la fois de brillant et d’introspection, de virtuosité et de colorations impressionnistes à la Debussy. Lucas Debargue semble être ce porte-parole idéal, tant il sait mettre en valeur les contrastes d’une telle musique dont il sait mieux que personne faire ressortir les changements de caractère. On retiendra d’ailleurs de cette interprétation toute l’artificialité qu’il y a à vouloir à tout prix réduire Fauré à ces fameuses « trois manières », tant Lucas Debargue parvient à nous faire retrouver, dans les œuvres de la maturité, la clarté et la concision qui font tout le prix de classicisme de Fauré, tout comme il sait faire entendre, dans les œuvres de jeunesse, les chemins mélodique sinueux et les ambiguïtés harmoniques qui finiront par s’imposer lors des dernières années.

Notice by Debargue lui-même !

Cette lecture constamment renouvelée et perpétuellement rafraîchie de la musique pour piano de Fauré va résolument à l’encontre de ce que Lucas Debargue appelle lui-même, dans la généreuse notice de présentation, son côté « lisse, ronronnant, parfois opaque ». On apprend que Fauré était tout sauf le compositeur de salon rêveur et sentimental qu’on a parfois tendance à dépeindre. On notera au passage la richesse et la qualité du texte de présentation signé de Lucas Debargue lui-même, à l’aise aussi bien dans la présentation des différents contextes esthétiques que dans l’analyse des pièces à proprement parler.

 

Qui veut voyager loin…

Plutôt que de recourir, comme d’autres l’auraient fait, à des pianos d’époque, Lucas Debarque a opté pour un instrument tout à fait original : le piano 102 touches inventé en 2015 par Stephen Paulello. Non pas que ce piano à queue de concert permette d’élargir l’étendue des pièces composées par Fauré, toutes conçues pour un instrument traditionnel à 88 touches. Il s’agit bien plutôt d’une question de couleurs, ce piano permettant un velouté d’une rare élégance, tout en offrant une gamme de couleurs acidulées dont Lucas Debargue sait tirer profit. La clarté de l’instrument, la facilité avec laquelle notre pianiste se délecte des infinies possibilités de ce clavier contribuent elles aussi à gommer les écarts qu’on pourrait voir avec le romantisme et la modernité de Fauré.

À lire également : Marathon Netflix à Tours : les Chroniques de Beethoven en 5 saisons
Pourquoi on aime ?
  • Parce que c’est une intégrale, certes, mais en rien un catalogue rébarbatif. Une fascinante exploration des multiples facettes d’un musicien génial.
  • Pour la découverte. On s’aperçoit avec stupeur que Fauré nous était encore en grande partie inconnu.
  • Pour la notice très lisible de la main de Lucas Debargue lui-même. Parce qu’on adore apprendre !
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