DANSE – La compagnie Garth Fagan, du nom de son créateur, déboule au Joyce Theater de New York avec sa troupe de danseurs pour une démonstration de style, et de leur style, entre pièces du répertoire jamais passées de mode, et créations déjà cultes.
Hétéroclite par définition
La compagnie Garth Fagan a été créée par un danseur jamaïcain, Garth Fagan lui-même, passé de Kingston à Détroit en passant par Cuba, avant de s’installer dans l’état de New York. Les pièces de cette soirée, qu’il s’agisse de Prélude, une pièce du répertoire écrite en 1981, ou de Senku (2006), conservent donc cet état d’esprit mêlant inspirations jamaïcaines à un certain esprit néo-classique des années 70-80 (Cunningham et Forsythe en tête de ligne).
Pourtant, Garth Fagan, ou Norwood Pennewell après lui, ne copient pas les mouvements, mais bien au contraire ils réinventent une nouvelle danse revendiquant la présence à la fois de « jeunes danseurs », et de personnes de couleur. Il en ressort des pièces à l’énergie vibrante, ou l’on ne sait littéralement plus sur quel pied danser, tant les inspirations et la création se croisent constamment pour créer une ligne de danse toute différente. Et si le résultat en est un peu brouillon, tant pis.
Re-nouveau ?
En allant voir Garth Fagan à New York ce soir, on a peu l’impression de voir une petite partie de l’histoire. Garth Fagan lui-même est dans la salle, adressant des clins d’œil malicieux aux danseurs ou à ses amis dans la salle derrière sa canne, quand les générations de danseurs se succèdent sur scène. Si rien n’est jamais vraiment anodin dans un spectacle, cela l’est peut-être encore moins ce soir, avec une première d’un spectacle créé l’année dernière, Life Receding, la création d’une œuvre qui ne cesse de se renouveler, le Sacre du Printemps, dans une version qui rompt avec la tradition, et Willow, un work-in-progress. La compagnie nous montre donc ce qu’ils font et ce qu’ils vont faire, dans un constant dialogue entre nouveaux projets et style déjà assuré.
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Le Sacre du Printemps que l’on voit ici se refuse donc au sacrifice de la jeunesse, pour envisager la pièce (originellement créée par Nijinsky pour les Ballets russes en 1913 sur la musique de Stravinsky) comme une ode à la vie, où les générations se croisent, à l’image de Steve Humphrey et Natalie Rogers-Cropper passant un flambeau dansé à Kiara Jolié Haywood en l’élue, pour un final en forme d’apothéose. Le message est clair, Garth Fagan n’est pas près de s’arrêter.

