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2025 : le philhar fait vœux de tous bois

CONCERT – C’est désormais une tradition à Radio France : l’Orchestre Philharmonique joue chaque début d’année la Symphonie n°9 de Beethoven en guise de vœux. Pour 2025, c’est comme il se doit son futur directeur musical, Jaap van Zweden, qui s’est prêté à l’exercice.

Comme le veut la tradition, l’Orchestre Philharmonique de Radio France ouvre la nouvelle année avec la Symphonie n°9 de Beethoven. L’occasion pour l’ensemble et le chef Jaap van Zweden, qui prendra dans quelques mois la tête de la phalange parisienne, de présenter leurs vœux au public.

2025, année poétique

Avant de s’attaquer aux monuments Beethoven et Schiller, le Philharmonique et le Chœur de Radio France présentent une pièce de Guillaume Connesson, Heiterkeit, créée en 2022 sur des poèmes d’Hölderlin. Bien que contemporaine, l’œuvre regarde résolument vers le passé avec ces poèmes splendides, qui relèvent du pur romantisme germanique, et avec l’inspiration résolument straussienne qui s’en dégage – la contemplation de la nature et de la fuite du temps, ainsi que les larges déploiements orchestraux que les cuivres viennent colorer.

La mer enlève et rend la mémoire, l’amour De ses yeux jamais las fixe et contemple,
Mais les poètes seuls fondent ce qui demeure

Friedrich Hölderlin

Le chœur énonce les poèmes le plus souvent sous forme de grandes vagues sonores et de dialogue entre femmes et hommes. On regrette ici que le texte soit peu compréhensible, noyé au milieu des voix et avec des consonnes qui manquent souvent de précision ; car l’œuvre est très séduisante dans son ensemble, cohérente, lyrique, et riche en couleurs de l’orchestre. Si Heiterkeit est, comme son nom l’indique, une aspiration à la sérénité, cette dernière n’est pas exempte de mélancolie face au temps qui passe : pour un concert de nouvel an, ce sont donc des vœux en demi-teinte.

2025, année énergique

Il est une tradition danoise, lorsque sonnent les douze coups de minuit au 1er janvier, de sauter de sa chaise pour entrer de plain-pied dans la nouvelle année. Il semble que Jaap van Zweden en ait eu vent, tant il se rue dans la Symphonie n°9, bondissant lui-même pour donner les impulsions à l’orchestre. Musclé dès les premières notes, l’Allegro ne descend jamais sous le mezzo forte et travaille sans hiérarchie, par superposition de pupitres mis sur un pied d’égalité. Un jeu tendu, acéré, où les vents et les cuivres gagnent en présence, mais où tout est tenu d’une main de fer : pas de pause après les points d’orgue, et même un léger accelerando final que se permet le chef. 

Jaap van Zweden n’a visiblement pas de temps à perdre en 2025, à l’image du Scherzo urgent qu’il propose : sa direction se veut joueuse, champêtre, pastorale, mais ne le fait pas sans lourdeurs avec, là encore, un son d’ensemble qui n’est pas hiérarchisé en plans sonores. Si la nouvelle année est à l’image de ce Scherzo, bondissante et pleine d’élan, on craint qu’elle ne s’épuise dans une course effrénée. 

2025, année frénétique

Le troisième mouvement résonne de manière étonnamment lyrique après l’enthousiasme des mouvements précédents. Fluide sans être languissant, il est particulièrement bien servi par le lyrisme des cordes. Mais dès les premières notes du Presto, Jaap van Zweden retrouve ses habitudes : des thèmes introduits à toute vitesse, une très grande densité des cordes (notamment violoncelles et contrebasses), et des voix qui se superposent plus qu’elles ne dialoguent. Si l’on pouvait encore suivre le chef dans les deux premiers mouvements et se laisser convaincre par leur enthousiasme, on trouve qu’il épuise ici bien vite les ressources de l’orchestre.

Ainsi, le dernier mouvement ne semble pas urgent mais pressé, et moins vif que précipité. Le quatuor vocal – composé de Simone Schneider, Eve-Maud Hubeaux, Matteo Ivan Rasic et Peter Kellner – est tout à fait équilibré, les timbres sont fort beaux, mais on ne profite pas du tout du texte, en raison du tempo expéditif et du caractère très sautillant de la direction. Il en va de même pour le chœur, noyé dans la fugue finale. Il y a de la joie, mais pas une joie rayonnante, sereine, confiante à la manière de Schiller : on essaie plutôt de se convaincre qu’on est heureux.

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Une Symphonie n°9 servie par de très bons musiciens, mais qui passe à côté de la nuance et du sentiment. Des vœux d’énergie et d’optimisme, qui veulent oublier que chez Hölderlin, Schiller et Beethoven, la plus grande joie ne va jamais sans un peu de mélancolie : pas la joie en tout, mais la joie malgré tout.

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