COMPTE-RENDU – Insula orchestra invite le chef Andrea Marcon pour un concert intitulé « BACH / BEETHOVEN » mais qui programme aussi et même d’abord un troisième compositeur. Justement…
La Seine Musicale est sortie de terre (et même de fleuve, sur son île Seguin) en 2017. Elle n’en a pas moins gardé quelques caractéristiques d’un « chantier » avec ses trésors et ses tracas. Et ce n’est pas fini : cette île accueille ainsi déjà La Seine Musicale sur sa pointe aval mais se prépare à recevoir également en amont (quoiqu’après) la « Pointe des Arts », centre pluridisciplinaire de 5.000m². Un nouveau pont doit faire la passerelle avec le Tramway fin 2025 (il s’agit en fait de la reconstruction d’un pont qui a dû être détruit en raison de son état au moment de l’inauguration de La Seine Musicale, c’est ballot). En attendant, la passerelle qui relie La Seine Musicale au métro nargue depuis bien trop longtemps déjà les habitués du lieu : flambant neuve et semblant plus que prête, elle n’est toujours pas ouverte et impose au mélomane venant de Pont de Sèvres de faire tout un tour de pâtés d’immeubles pour assouvir sa passion.
En-chaînons
Heureusement, est promise une inauguration prochaine (et qui sera musicale) ! En attendant, heureusement, la musique bâtit des ponts solides et c’est justement tout l’intérêt de ce programme intitulé « Bach / Beethoven » mais qui commence précisément par leur chaînon manquant : Joseph Martin Kraus. La Symphonie en do mineur de celui-ci fait comme le lien entre celles de ceux-là, comme reliant l’expressivité du dramatisme baroque avec des élans pré-romantiques.
Le chef Andrea Marcon est le premier artisan de ces expressivités qui rapprochent : par la constante et grande intensité de sa direction, au point que son visage frémit des accents qu’il lance. Mais ses mouvements souples n’ont pas moins d’intensité et la battue reste toujours bien présente.
Pourtant, les musiciens manifestent des décalages réguliers entre les pupitres : le chaînon se fait manquant entre les familles d’instruments et semble traduire un manque de répétitions pour ce programme. En effet, si Kraus est un chaînon manquant, même remis en lumière, c’est qu’il est rare (et les instrumentistes ne manquent pas un instant de suivre de très près leurs partitions, aux dépens des enchaînements musicaux). Bach l’est aussi ce soir, relativement certes mais tout de même, car il ne s’agit pas de Johann Sebastian mais de Carl Philipp Emanuel, son fils qui fait un chaînon manquant entre le baroque à papa et le classicisme qui arrive (par l’intensité expressive des gammes et la carrure des structures).
À la chaîne
Heureusement, l’investissement des musiciens est bien là, ils s’accrochent à la richesse de la musique et à la vigueur de la direction, ils déploient les sonorités des instruments d’époque avec leurs contrastes et la précision des phrasés.
Surtout, lorsqu’ils retrouvent un répertoire plus familier, ils se recalent pleinement et déploient la richesse encore classique mais déjà romantique de la Première Symphonie de Beethoven : comme si trois chaînons manquants étaient réunis ce soir, entre baroque et classique et romantisme.
Le public, ravi d’avoir comblé son manque de musique par une soirée si variée bat le rappel puissamment et longtemps pour acclamer les musiciens. Le chef ne manque pas de faire saluer chaque chaînon de l’orchestre, allant jusqu’aux rangs du fond pour faire applaudir chaque musicien.
Après cette Première Symphonie de Beethoven, force est d’en vouloir davantage. Cela tombe bien, puisqu’Insula orchestra proposera ses Symphonies impaires en menant jusqu’à 2027 (commémorant le bicentenaire de la mort du compositeur) avec l’Insula orchestra mais aussi la toute nouvelle Insula camerata : une académie qui elle aussi se fera un chaînon manquant (entre études et professionnalisation).
À ne pas manquer, chaînon de non !
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Demandez le programme :
Joseph Martin Kraus – Symphonie en do mineur
Carl Philipp Emanuel Bach – Symphonie en mi bémol majeur et Symphonie en ré majeur
Beethoven – Symphonie n°1

