CONCERT – Il était une fois à l’Opéra Grand Avignon, Raphael Merlin un chef d’orchestre et violoncelliste (et peut-être un peu aussi magicien !) qui propose avec l’Orchestre National Avignon-Provence un programme intitulé « Scènes de forêt ».
Blanche-neige et les neuf scènes de forêt
La promenade commence avec une courte présentation par le chef lui-même des intitulés des neuf Scènes de forêt de Robert Schumann. Il ne s’agit pas ici de la version originale pour piano seul mais d’une partition orchestrée par Ralph Breitenbach, musicien de notre temps. La diversité des couleurs et des textures ressort de cet arrangement qui immerge d’autant mieux l’auditeur dans les scènes de forêt décrites par la musique. Il reste tout à fait dans l’esprit de la première période du romantisme germanique où l’influence du classicisme est encore perceptible. Raphael Merlin emmène l’auditeur au fil des scènes qu’il anime tel un livre d’images par une interprétation à la fois légère et illustrative. Moins qu’une tension forte (qu’il réserve pour la suite du programme), il recherche l’immédiateté presque innocente du tableau, promenant son public tel Blanche-Neige dans son conte. Les bois font ainsi éclore les fleurs solitaires avec un lyrisme contenu. L’obscurité du lieu maudit est progressivement amenée par les différents pupitres mais sans verser dans une pesante noirceur. La gaité des cors du chant de chasse est reprise par les cordes dans un jeu de questions-réponses bien huilé.
Merlin, enchanteur
Sortant des images stéréotypées, le promeneur est ensuite amené dans la Forêt Calme d’Antonin Dvorak. Il prend la peau du violoncelle de Raphael Merlin qui se place face au public tout en dirigeant l’orchestre (parfois avec son archet) en se retournant ponctuellement. Contre les cordes du violoncelle, l’archet fait l’effet d’une baguette magique et Merlin se fait enchanteur (promis on la refait plus). Il révèle la chaleur de son instrument. Le jeu est sensible sans verser dans la sensiblerie ou l’excès de démonstration. Le calme évoqué dans l’intitulé de l’œuvre est ici un calme mélancolique que le violoncelle exprime tel un poète romantique que l’on pourrait par exemple rapprocher de Werther. Il est en cela appuyé par l’orchestre qui forme un écrin propice. La synchronisation de l’orchestre avec le soliste est totale et offre entre autres un harmonieux décrescendo final bien fondu. Les musiciens contribuent à l’émotion du moment comme la flûte exprimant dans son solo la compassion vis-à-vis du violoncelle.
Bois obscurs
La forêt s’obscurcit avec Dark Pastoral, œuvre composé par David Matthew en 2010 inspirée d’un projet de concerto pour violoncelle de Ralph Vaughan-Williams. Toujours avec son violoncelle, Raphael Merlin propose ici une vision plus globale et homogène de la forêt comme vue d’un drone. Elle apparait ainsi hypnotique, ponctuée par ses bruits nocturnes amenés par les élans nets des violons. La virtuosité du violoncelle solo y devient plus démonstrative. De quoi laisser espérer un rappel au public qui manifeste déjà son enthousiasme mais Raphael Merlin préserve ses forces pour diriger la quatrième symphonie de Schubert après l’entracte.
Schubert en loup-garou
La promenade plus ou moins bucolique s’arrête avec l’intensité du tragique de la quatrième symphonie de Schubert qui surgit tel un loup pour dévorer le randonneur. Si l’orchestre présente une légère dispersion dans les Waldzenen, il est ici aussi clair que puissant. Il répond aussi immédiatement que précisément aux gestes amples et passionnés de Raphael Merlin. L’implacabilité ressort ainsi des accords forts et nets du premier mouvement qui frappent tels des coups prompts. La générosité du volume emporte l’auditeur dans la majesté de l’œuvre. Les motifs sont distillés par les pupitres avec une précision limpide, d’autant plus prenante qu’ils ressortent de l’équilibre des forces.
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Les ruptures du mouvement lent sont habilement accentuées et symbolisent ainsi la discontinuité du fil du destin. Elles sont soulignées par la sensibilité des bois qui vient une nouvelle fois les soutenir. La tension monte encore d’un cran lors du mouvement final grâce à l’efficacité du tuilage et à la vivacité du tempo. Elle se conclue dans brillant accord final auquel succède après un instant suspendu des applaudissements prolongés.
Demandez le programme !
- R. Schumann – Scènes de Forêt (orch. Ralph Breitenbach)
- A. Dvoräk – Forêt Calme
- D. Matthew – Dark Pastoral
- F. Schubert – Symphonie n°4, dite « Tragique »

