THÉÂTRE MUSICAL – On pensait tout connaître de la Pucelle d’Orléans, brûlée à Rouen. C’était sans compter sur cette relecture musicale qui dépoussière la plus grande héroïne médiévale française : Jeanne d’Arc, incarnée par Judith Chemla, magnifique tragédienne. Une fois de plus, elle nous donne tout. Un spectacle à découvrir jusqu’au 16 février au Théâtre des Bouffes du Nord.
Exit les images bucoliques de la jolie bergère qui entend des voix célestes dans un champ. La Jeanne qui se dresse devant nous pulvérise les clichés avec une insolente modernité. Issue d’une famille de notables – son père propriétaire terrien et sa mère héritière d’une lignée aisée de Domrémy – elle n’a de cesse, pendant son procès, de s’élever contre ce statut qu’on tente de lui donner.
Mythique mystique
Dans sa tenue scandaleuse pour l’époque, veste violette et pantalon d’homme, cette Jeanne d’une insolence revigorante tient tête à ses juges avec un aplomb sidérant. Guerrière dans l’âme et dans le verbe, celle qui chassa les Anglais hors de France, préféra se faire cramer plutôt que renier sa vérité. On a bien là le portrait d’une héroïne aussi mythique que mystique, qui n’avait pas froid aux yeux.

Judith Chemla et Yves Beaunesne dépoussièrent ce procès en le concevant comme un oratorio contemporain, qui fait dialoguer le verbe incisif de Jeanne avec les compositions musicales de Camille Rocailleux. Au fond dans la pénombre, six musiciens en live accompagnent le texte ciselé de la dramaturge Marion Bernède. L’humour de Jeanne y jaillit par fulgurances, notamment quand elle cloue le bec à l’un de ses inquisiteurs s’inquiétant de la nudité divine en lui rétorquant : « Pensez-vous que Dieu n’ait pas de quoi le vêtir ? ».
Jeanne dans l’octogone
La scénographie frappe par son audace : un tribunal en piste octogonale où Jeanne, tourne ostensiblement le dos à ces onze juges – hommes d’église et de loi – projetés sur un écran vidéo, lui aussi octogonal. L’héroïne fait face alors au public plutôt qu’à ses accusateurs, une métaphore puissante de sa résistance, mais qui nécessite une coordination parfaite entre la voix de l’actrice et celles de la vidéo.

Dans le rôle-titre, Judith Chemla irradie littéralement la scène et restitue toute la modernité de cette icône féministe avant l’heure. Sa voix, tantôt murmure mystique, tantôt cri de rage, portée par une partition musicale qui l’enveloppe sur mesure, campe une Jeanne cash et bouillonnante, une gamine de 19 ans avec un caractère bien trempé, loin de la sainte sanctifiée et bien docile. Et puis avouons-le, elle chante plutôt bien. Face à elle, sur la vidéo, en juges, Jacques Bonnaffé compose un évêque de Beauvais Pierre Cauchon totalement inflexible, tandis que Jean-Claude Drouot incarne avec brio le chanoine de Rouen.
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La scène finale où Jeanne se fait littéralement enfumer et nous aussi, nous offre un moment de pure émotion ! Nous avons assisté ce soir au combat d’une femme libre face au patriarcat, et tout ça en musique pour décupler l’intensité du propos !


Cet article prétend que Jeanne d’Arc était une « icône féministe avant l’heure » et « une femme libre face au patriarcat », mais même l’historienne féministe Helen Castor a admis que Jeanne n’était pas féministe : son objectif déclaré était de la placer ( mâle) roi sur le trône d’un royaume qui bloquait les femmes de la ligne de succession, pendant une guerre au cours de laquelle la prétention anglaise au trône fut rejetée par les Français en partie parce que la prétention d’Édouard III provenait de sa mère. Jeanne d’Arc dit sans ambages à l’un des soldats, Jehan de Metz, que « je préférerais rester à la maison avec ma pauvre mère et filer la laine » plutôt que d’aller à la guerre. À bien des égards, elle était à l’opposé d’une féministe. Cet article affirme également que sa famille était riche, ce qui est faux : les archives montrent qu’ils ne possédaient qu’une petite ferme avec 50 acres de terre, ce qui ferait d’eux des paysans (pas des serfs, mais néanmoins certainement pas riches).