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Peer Gynt au Châtelet : l’Odyssée de Py

THÉÂTRE MUSICAL – Le Théâtre du Châtelet propose, de manière assez inédite, un Peer Gynt d’Ibsen accompagné de sa musique de scène, signée Edvard Grieg. Conçue par Olivier Py, dont on retrouve l’esthétique et les sujets de prédilection, cette production est remarquable par bien des aspects, et notamment l’engagement physique et dramatique de ses interprètes.

S’il est rare de voir Peer Gynt accompagné de sa musique de scène, l’alliance des deux proposée par Olivier Py au Théâtre du Châtelet est une réussite quasi totale. Grande fable sur la quête d’identité et sur la permanence d’un « moi » malgré les courbes et détours d’une vie, l’œuvre d’Ibsen devient ici l’affirmation d’un metteur en scène, qui signe la traduction et l’adaptation de la pièce, et affirme une identité esthétique et artistique aussi définie qu’assumée.

Peer Gynt : « Sois toi-même…

On retrouve dans ce Peer Gynt, créé avec son acolyte de toujours Pierre-André Weitz, tous les éléments de la grammaire scénique d’Olivier Py : escaliers, craie, rideau de théâtre, paillettes, crucifix, squelette, le tout en cinquante nuances de noir, qu’un blanc plus terrifiant encore vient parfois déchirer. L’Orchestre se situe au fond de la scène, parfois masqué par un mur ou un rideau, tandis qu’au centre du plateau se déploient différents décors : les maisons du premier acte laissent ainsi place à un théâtre de trolls, à un palmier immense, à un asile de fous tout droit sorti des profondeurs, ou encore au pont d’un bateau, suspendu dans les airs, et secoué par la tempête. C’est à la fois beau et ingénieux, l’esthétisme culminant dans la rencontre entre Le Courbe et Peer Gynt à l’acte II, magnifiquement chorégraphiée en un combat évoquant la lutte de Jacob avec l’ange. L’obscurité, le corps, la danse et le mystique, traversés d’un prosaïsme absolu : aucun doute, c’est bien Olivier Py qui s’exprime dans cette scénographie.

© Vahid Amanpour

…quoi qu’il en coûte »

On trouve malgré tout que cette affirmation de soi a ses limites. Si Olivier Py signe un très beau travail sur le texte d’Ibsen, sur la caractérisation des personnages, sur l’œuvre-monde qu’il fait surgir de l’espace du plateau, il appose également sur la pièce une esthétique et des sujets qu’il n’a eu de cesse d’explorer d’une œuvre à l’autre : il y a la méta-théâtralité, comme dans la scène des trolls, à la fois personnages fantastiques et acteurs. C’est d’ailleurs un rideau de théâtre qui leur sert de décor. Il y a également la dimension shakespearienne chère à Olivier Py, qui passe par une cohabitation des registres, mais surtout par une vulgarité démonstrative, revendiquée, appuyée, qui ne surprend ni ne choque tant on y est accoutumés, mais qui déçoit lorsqu’on voit le raffinement dont le metteur en scène est capable dans sa lecture d’Ibsen, et la sincérité qui se dégage de certains moments – là où la vulgarité relève davantage de la posture et de l’artifice. La scène du palais des trolls déçoit, peut-être parce que le dramaturge norvégien s’y trouve en compétition avec le metteur en scène, au lieu d’y faire alliance avec lui. 

© Vahid Amanpour

« Si tu pouvais voir jusqu’au tréfonds de moi, tu n’y ferais qu’y trouver du Peer, toujours du Peer, et encore du Peer »

Les performances d’acteurs, étourdissantes, viennent heureusement faire de la vision d’un homme une expérience collective. Si Peer Gynt était initialement destiné à être lu et non à être joué, sa transition vers la scène – avec la complicité de Grieg – en fait une œuvre de théâtre musical qu’Olivier Py aborde en faisant appel à des acteurs/danseurs/chanteurs à la remarquable polyvalence, et d’une grande homogénéité. La scène de danse de l’Acte IV, alors que Peer se fait prophète, est d’un humour parfait – tout comme le dialogue suivant avec l’Anitra de Clémentine Bourgoin. La mort d’Aase, interprétée par Céline Chéenne est un moment d’une belle intensité, tout comme la scène des fous dont Damien Bigourdan est le psychologue – sans oublier son irrésistible roi des trolls ! Mais il y a surtout l’énergie prolifique et débordante de Bertrand de Roffignac dans le rôle principal, qui se donne corps et âme pour son personnage : de l’éclat du jeune Peer à l’introspection du vieux Peer, il y a tout un monde dont le comédien se saisit à bras le corps et qu’il porte sur ses épaules, jusqu’aux limites de la folie. 

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Si l’Orchestre de chambre de Paris, placé en fond de scène et sonorisé, ne peut pas faire entendre toutes ses qualités, il n’en demeure pas moins un partenaire de jeu et un maillon essentiel de l’ensemble dont, malgré des réserves, on retient surtout la cohésion. Traducteur, adaptateur, metteur en scène, directeur d’acteurs, chef de troupe : dans cette œuvre-monde, dans ce grand cercle où se disperse le héros, Olivier Py, lui, ne s’est pas perdu.

© Vahid Amanpour
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