OPÉRA – Après un malheureux report forcé en décembre 2023, Les Malins Plaisirs partagent avec un bonheur fou la comédie-ballet de Molière et de Lully, Le Mariage Forcé, à l’Opéra de Massy, en complicité étroite avec Le Concert Spirituel et La Compagnie de danse l’Eventail.
Pour les fêtes de fin d’année 2023, le public massicois attendait avec joie de profiter d’un spectacle léger et original, Le Mariage forcé. Malheureusement, les terribles inondations du nord de la France ont détruit les décors de la compagnie Les Malins Plaisirs, forçant l’annulation de la représentation. Fort heureusement, ce n’est qu’un report et ce soir, à l’Opéra de Massy, la comédie-ballet en un acte de Molière, collaborant ici pour la première fois avec Lully pour la musique, peut enfin être donnée.
Molière à la cour…d’école !
Sous la direction artistique de Vincent Tavernier, la mise en scène se veut légère, burlesque et animée, revisitant l’œuvre dans un univers original tout en respectant son esprit d’origine. Les décors de Claire Niquet plongent immédiatement le spectateur dans un monde enfantin, avec des maisonnettes étroites dessinées à la craie grasse, facilement déplaçables, suggèrent ainsi un univers ludique.
Avec une économie d’accessoires et ces maisonnettes aux fenêtres cachées, la scène devient dynamique et souple, soutenue par les lumières parfois même poétiques de Carlos Perez. Le burlesque du dessin animé et de ces références à une chambre d’enfant, bien qu’implicites, se retrouvent dans les autres arts dramatiques. Les costumes de Erick Plaza-Cochet mélangent les styles, exagérant les traits des protagonistes et ajoutant au dynamisme coloré de l’ensemble. On peut ainsi notamment s’amuser grandement du grand ours rose danseur.
Le jeu des comédiens reprend certains codes fantasques du dessin animé, parfois exagéré mais cohérent avec la proposition du metteur en scène et l’esprit comique de l’œuvre. Les numéros dansés de la Compagnie de danse l’Eventail, dirigée par Marie-Geneviève Massé, mêlent geste baroque et modernité, allant jusqu’à intégrer des éléments de flamenco dans la scène finale du mariage.
Molière et Lully : emphase !
La distribution est dominée par la prestation de Laurent Prévot en Sganarelle, un quinquagénaire benêt et clownesque, qui sent bien que le risque d’être cocu est réel s’il se marie. La scène avec Lycaste, amant de Dorimène sa jeune et future femme, ne semble pas nécessaire et est supprimée dans cette version. Il faut peut-être un léger temps d’adaptation pour se laisser porter par l’exagération du jeu du comédien, jusque dans la projection de sa voix, qui finit rapidement par convaincre et surtout par amuser. La jeune et belle Dorimène, séduisante et en quête d’émancipation, est incarnée par Marie Loisel avec grâce et présence. L’ami de Sganarelle, Géronimo, est interprété par Quentin-Maya Boyé, avec présence et clarté. L’insupportable philosophe aristotélien Pancrase est joué par Pierre-Guy Cluzeau, qui donne aussi ses traits au père de la mariée, Alcantor, avec un ridicule équilibré. Le frère de Dorimène, aussi poli qu’il est à cheval sur son honneur quitte à battre le malheureux Sganarelle, est incarné par Nicolas Rivals, prêtant également son jeu comique au philosophe sceptique Marphurius.
La distribution de comédiens profite de deux chanteurs qui se mêlent à eux. Là dessus Lucie Edel fait entendre sa voix ronde et son phrasé aussi gracieux que bien pensé, avec néanmoins une articulation qui aurait pu davantage aider à la compréhension de son texte. La basse Nicolas Brooymans apporte sa voix noble et profonde, à la couleur sombre parfaite pour le Magicien. Les musiciens du Concert Spirituel, dirigés par Stéphan Dudermel depuis son violon, se montrent très attentifs et même complices avec la scène, la regardant lorsqu’ils ne jouent pas, ne donnant ainsi jamais l’impression qu’ils attendent sans prendre part à la pièce. Si l’on pourrait attendre un souffle plus patent lors de la scène du rêve, on apprécie leurs traits vifs et rythmés, parfait pour ces numéros dansés.
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Le public massicois manifeste son plaisir partagé lors des saluts, heureux d’avoir pu enfin assister à cette pièce légère et burlesque, traitant d’émancipation féminine et ridiculisant un vieil homme campé dans ses positions dépassées, déjà pour le XVIIe siècle.

