COMPTE-RENDU – L’Opéra Royal de Wallonie-Liège présente une nouvelle production de l’opus composé par Massenet sur le roman de Goethe, « Les Souffrances du jeune Werther » qui aurait pu s’intituler Charlotte et Werther lorsqu’il est interprété comme ici :
Décidément, l’ouvrage de Massenet est bien ancré sur les planches lyriques francophones et offre des incarnations mémorables. Après le tout récent spectacle présenté au Théâtre des Champs-Élysées avec Benjamin Bernheim et Marina Viotti (et dans l’attente de la nouvelle production programmée à l’Opéra Comique la saison prochaine avec Pene Pati et Marianne Crebassa), ce sont Clémentine Margaine et Arturo Chacon-Cruz qui ont offert à l’Opéra de Liège une nouvelle incarnation olympique dans une nouvelle mise en scène bien classique de Fabrice Murgia pour Werther.
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Charlotte
De fait, c’est l’intensité et la beauté de l’interprétation des deux interprètes principaux, Clémentine Margaine et Arturo Chacon-Cruz qui devaient réellement créer l’évènement. Clémentine Margaine effectuait ses débuts à l’Opéra Royal de Wallonie, avec ce rôle de Charlotte, cher à son cœur, abordé au Théâtre Colón de Buenos Aires en 2015. Elle en possède l’étoffe, mais aussi la dimension épique -dans ses moindres aspects- de cette femme à la fois forte et vulnérable, presque abasourdie par cet amour exclusif qui vient la bousculer sur un chemin pourtant tout tracé. Elle dispose en outre des moyens exacts du rôle avec sa voix de mezzo-soprano qui allie puissance et générosité, intensité dramatique et souci de la ligne. Son interprétation de l’air des lettres, ponctuée de graves impressionnants, puis celui des larmes, traduisent une maîtrise vocale pleine et entière. Cette voix sait se plier par ailleurs aux instants plus intimes, plus compréhensifs vis-à-vis de Werther.

Werther
À ses côtés, Arturo Chacon-Cruz campe un Werther passionné et vibrant, qui semble s’enfoncer de plus en plus et jusqu’à la fin dans un désespoir incontournable, une sorte de folie mythique. Sa voix de ténor rayonne de mille feux, facile sur toute la tessiture, presque héroïque, reposant sur un souffle qui paraît inépuisable lui permettant de soutenir sans aucune faille toute sa longue partie. L’aigu apparaît d’une rare facilité, ardent et longuement tenu avec force et brio. Avec de tels interprètes, le Quatrième Acte, que Fabrice Murgia situe à l’extérieur, auprès d’un arbre mort, se pare d’une dimension nouvelle.

Le reste de la distribution vocale ne se situe hélas pas au même niveau, en dehors de Pierre Derhet, Schmidt de grand standing et Samuel Namotte, solide Johann, les deux totalement en phase même si le metteur en scène ne les a pas épargnés au niveau des délires éthyliques.

Massenet
Le Directeur musical Giampaolo Bisanti aborde la musique de Massenet sans tempérance, avec énergie et une volonté d’en faire émerger toute la tension dramatique et sa puissance évocatrice. Pour autant, il sait nuancer son propos et adoucir sa direction lorsqu’il convient.
Le public liégeois a salué sans réserve ce Werther, ouvrage dont les dernières représentations in-loco remontaient au dernier millénaire (avril 1999).

