COMPTE-RENDU – Sur le rocher de Monaco, à l’Auditorium Rainier III, l’Orchestre Symphonique de la BBC interprète avec panache des œuvres de Schoenberg, Bartók et Stravinsky, en hommage à leur ancien chef d’orchestre Pierre Boulez.
D’un chef à l’autre
Suite de la programmation du Festival Printemps des arts de Monte-Carlo consacré au compositeur du Marteau sans maître, deux concerts de l’Orchestre de Symphonique de la BBC se penchent sur le répertoire de Pierre Boulez en tant que chef d’orchestre, lui qui fut leur directeur musical de 1971 à 1974 mais qui les dirigea déjà avant et aussi après, tant leur entente fut profonde et féconde. Ce premier concert, samedi 22 mars, se focalise sur trois grands créateurs particulièrement prisés par Pierre Boulez, avec des œuvres redoutables à mettre en place mais parfaitement déployées par la direction dense et précise du talentueux Pascal Rophé qui commença sa carrière en tant que chef assistant de Pierre Boulez.
Une modernité sous influences
Agon de Stravinsky fut notamment joué par l’Orchestre symphonique de la BBC au Royal Albert Hall de Londres le lundi 20 août 1973 au Bal 29 des BBC Proms. Depuis, cette œuvre rare du compositeur russe, initialement un ballet, est peu jouée, comme beaucoup des œuvres défendues par Pierre Boulez qui se confrontait au répertoire le plus exigeant artistiquement (qui s’avère souvent aussi le plus difficile à jouer). Ce soir, les musiciens anglais réussissent à faire ressortir avec éclat la précision métronomique des agencements géométriques d’Agon alliant des références à la musique de la Renaissance comme à l’expressionnisme raréfié de Webern, deux pôles musicaux essentiels de Boulez.
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Le Deuxième concerto pour piano de Bartók fut également prisé par Pierre Boulez, comme ce 10 janvier 1967 au Conservatoire de Moscou, où l’Orchestre de la BBC avait John Ogdon au piano. À Monaco, c’est François-Frédéric Guy qui joue avec raffinement la partie virtuose de cette œuvre alliant Bach à la musique italienne du XVIIe siècle et au Stravinsky de Petrouchka, tandis que l’orchestre déploie la fastueuse fougue bartokienne. En rappel, le pianiste joue avec une délicatesse séductrice les Feux d’artifice de Debussy, compositeur qui fut peut-être la principale référence de Boulez-compositeur comme de Boulez-chef d’orchestre.
Les Variations pour orchestre opus 31 de Schoenberg furent quant à elles enregistrées au disque en 1978 par l’Orchestre symphonique de la BBC sous la direction de Pierre Boulez pour le label CBS. Pascal Rophé réussit à en faire ressortir toutes les couleurs et les combinaisons sonores inédites avant de conclure en bis de manière trivialement humoristique avec le Scherzo à la russe de Stravinsky.

