RÉCITAL – L’Opéra-Théâtre de Clermont-Ferrand a accueilli un duo qu’on ne présente (presque) plus : Natalie Dessay et Philippe Cassard, pour ce qui s’annonce comme leur dernière tournée après 140 représentations ensemble. Pas mal pour un duo formé en 2011, qui enchaîne les récitals avec l’élégance d’un vieux couple qui se termine les phrases… en musique.
Natalie Dessay, ancienne soprano-star des plus grandes scènes internationales, reconvertie dans le théâtre, le récital et la comédie musicale, s’offre ici un programme très personnel, à mi-chemin entre introspection et clin d’œil malicieux à sa carrière. Rappelons au passage qu’elle est la première Française à avoir reçu le prestigieux titre de Kammersängerin (non ce n’est pas un meuble IKEA, c’est un titre prestigieux décerné en Allemagne. Au palmarès, on trouve Monserrat Caballé, Birgit Nilsson, Lucia Popp, Nina Stemme, rien que ça…).

Drôle d’oiseaux !
Son partenaire de clavier, Philippe Cassard, fidèle compagnon de récital et amoureux du chant, l’accompagne avec sa sensibilité bien connue et une affection manifeste pour les rubato bien sentis. Ensemble, ils ont tissé deux albums, et manifestement, une bonne dose de complicité.
Le concert s’ouvre sur une scène quasi nue : un piano à queue, un pupitre (qui ne servira à rien), et l’écrin d’un théâtre pour abriter ce voyage. Dès les premières notes, l’ambiance est posée : la première partie, consacrée aux oiseaux (mais pas à la volaille), évoque les premières années de Dessay, souvent qualifiée de “voix d’oiseau”. Elle assume la métaphore avec humour, et vocalise avec une diction française cristalline.
Un petit faux départ en début de concert ? Rien de grave, surtout quand on le balaie avec un sourire et une salle conquise. Dessay déroule ensuite son art avec un contrôle vocal impeccable, et un sens du texte affûté. Le sommet de cette première partie ? Une Dame de Monte-Carlo de Poulenc magistrale, où, dos au public, les bras en croix, elle tient un accord suspendu dans un crescendo à couper le souffle, avant de le résoudre dans un déluge d’applaudissements.
Le Nouveau Monde de Dessay
La deuxième partie, elle, fait peau neuve : nouvelle coiffure, nouvelle robe, et surtout nouveau répertoire, plus ancré dans la comédie musicale américaine. Mais la voix reste lyrique, avec des inflexions subtilement soulignées par Cassard, aussi précis qu’attentif. On assiste ici à une adresse directe au public, comme un grand « merci » en musique. Elle va jusqu’à s’accroupir sur scène, jouant l’air de Monica (de Menotti), comme si chaque spectateur devenait Toby.
Entre les morceaux, Dessay prend la parole, toujours avec esprit, pour contextualiser les œuvres, ce qui aide à l’immersion et fait sauter la barrière linguistique comme un petit obstacle de haies musicales.
Le moment le plus émouvant ? L’air I want Magic d’André Prévin. Et là, pas de doute : Natalie veut de la magie, et elle en donne. Beaucoup. « That’s what I try to give to people », chante-t-elle. Mission accomplie.
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Mais c’est pas tout ! En rappel, retour en France avec « L’air des chimères » de Massenet. Un choix assumé, même si Dessay elle-même admet qu’il ne correspond pas totalement à sa voix. Un pied de nez final, élégant et espiègle – et franchement jouissif.
La soirée s’achève dans une ambiance de nostalgie lumineuse, avec une séance de dédicaces pour boucler la boucle. Et les spectateurs pourront désormais dire à qui veut l’entendre :
« Natalie Dessay ? Moi, je l’ai vue en vrai ! »


