CROSSOVER – Damon Albarn, le leader charismatique des groupes Blur et Gorillaz tente un coup risqué au Lido2Paris avec « The Magic Flute II : La Malédiction », une suite fantasque et électronique de l’opéra de Mozart, inspirée du livret oublié de Goethe. Alors verdict ? Si certaines compositions émergent avec éclat, l’ensemble ne parvient pas toujours à convaincre un public néophyte. Mais les inconditionnels de l’artiste britannique semblaient très enthousiastes avec une longue standing ovation.
La Flûte – Saison 2
Après avoir conquis le Théâtre du Châtelet avec ses précédents opéras pop Monkey, Journey to the West ainsi que Wonder.land, Damon Albarn poursuit son exploration des spectacles hybrides où la culture pop rencontre l’art lyrique. Grâce à son complice Jean-Luc Choplin, ancien directeur du Théâtre du Châtelet, et aujourd’hui aux commandes artistiques du Lido2Paris, il revient sur la scène parisienne pour une nouvelle aventure scénique. Pour ce nouvel opéra pop, orchestré avec le metteur en scène Jeremy Sans, il s’attaque à La Flûte enchantée, chef d’œuvre lyrique de Mozart. Il imagine une suite en s’inspirant d’un scénario inachevé de Goethe, un fragment de douze pages que le fondateur du romantisme allemand avait esquissé lors d’une soirée littéraire à Tübingen, avec ses amis poètes, Hölderlin et Schiller. L’opéra pop-électro qui en résulte propose une réflexion contemporaine sur le pouvoir destructeur de l’homme, déployant une allégorie climatique teinté d’humour noir à travers une succession de chansons.
Côté scénographie, Olivier Fredj opte pour le minimalisme, avec pour élément principal un écran projetant des figures géométriques rouge et noir, accompagnées de basses fortes. L’ambiance tient davantage du concert électro que du cabaret ou de l’opéra, malgré la présence de huit solistes lyriques, cinq musiciens, un chœur de douze chanteurs. Les costumes signés Missy Albarn évoquent une soirée futuriste tout droit sortie des 70’s.
Électrochoc maçonnique
L’univers maçonnique de Mozart subit ici un lifting électro complètement déjanté. Tamino (Alfred Mitchell) et Pamina (Elizabeth Karani), métamorphosés en couple de métalleux, légèrement défoncés, sont frappés par une malédiction qui donne son titre à cette suite complètement barrée. Leur enfant disparaît lors d’une rave party initiatique. Mais quelle idée d’emmener sa progéniture dans une soirée sous acide… Parents indignes ! Leur couple vole en éclats, comme tant d’autres confrontés à ce type de tragédie. Leur couple d’amis, Papageno (Hugo Herman-Wilson) et Papagena (Anna Gregg), quant à eux, lassés de leur bonheur fait de bonne bouffe et d’amour, donne naissance à une ribambelle d’enfants-oiseaux chanteurs. Leurs interventions, toujours drôles, apportent une bouffée d’oxygène bienvenue dans ce monde de la nuit assez sombre.

Entre temps, la mère de Pamina, la Reine de la Nuit, s’est transformée en un homme hystérique perché sur des talons. Le contre-ténor Christopher Robson, est aussi excellent qu’hilarant dans ce rôle renversé de Queen. Toujours en guerre contre sa fille, elle la condamne à être séparée de ses enfants, car c’est une mauvaise mère. À ses côtés, Sarastro (Richard Burkhard), conserve sa sagesse dans les conseils, qu’il prodigue, mais l’ancre dans une réflexion plus actuelle que maçonnique.

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On saluera la partition musicale de Damon Albarn, qui malgré sa touche pop électro, s’intègre parfaitement bien au service des voix lyriques. Le morceau final sur l’apocalypse, résonne comme un écho troublant à nos angoisses environnementales contemporaines. Si l’ensemble nous laisse parfois de marbre en tant que spectateur néophyte, l’opéra électronique aura en tout cas trouvé son public : les quatre représentations affichaient complet, avec une forte présence britannique dans l’assistance. La longue standing ovation qui a conclu la représentation témoigne de cet engouement certain au leader de Gorillaz.

