OPÉRA – Venez découvrir ou redécouvrir le portrait de Sigurd à l’Opéra de Marseille, sous la direction scénique de Charles Roubaud et la baguette de Jean-Marie Zeitouni.
Début des vacances pour la cité phocéenne. Le temps est à la détente et aux recherches d’idées de sorties. Ça tombe à pic, on y parle d’un événement à ne pas manquer : un retour dans le passé à l’Opéra de Marseille !
Un hommage de taille
Pour le centenaire du lieu, les familles sont invitées à découvrir la quête de Sigurd, œuvre jouée pour la réouverture de l’Opéra de Marseille en 1924, après le terrible incendie de 1919. Nous avons voulu tenter l’aventure, et nous n’avons pas été déçus par ce Siegfried à la sauce marseillaise ! Les deux guides du jour, Charles Roubaud (mise en scène ) et Jean-Marie Zeitouni (chef d’orchestre), nous entraînent dans une toute autre époque, digne des plus grands contes épiques. Nous suivrons alors la quête de Sigurd, dont la mission est de libérer Brunhilde pour le roi Gunther. Mais, retournement de situation : c’est finalement vers le cœur de Sigurd que Brünhilde se tourne. Se voyant rejeté, le roi le défiera lors d’un duel dans lequel le missionnaire mourra. Brünhilde le rejoindra dans le tombeau…
Lumières !
Le début de la visite nous met tout de suite dans le grand bain, et nous propulse comme un cheval au galop à la conquête des terres islandaises. Après avoir assisté au pacte avec le roi Gunther, Sigurd part à la recherche de la princesse avec un entrain débordant. Les magiciens de la régie font alors parler la lumière : des projections impressionnantes tapissent le fond de scène et nous immergent dans un décor plus vrai que nature. Les artistes apparaissent dans des costumes majestueux et soigneusement détaillés, ainsi que des coiffures sophistiquées pour les dames. En se plongeant intimement dans l’histoire, le public admire des tableaux presque magiques, où colonnes et murs se déplacent d’eux-mêmes, montagnes embrumées et forêts sinueuses s’élèvent devant nous. Hormis ces jeux de décors et de lumière, la mise en scène reste assez soft. C’est alors le moment de parler musique.

Casting royal
- Le valeureux Sigurd (Florian Laconi) apparaît en chevalier déjà vainqueur face à la foule, et affronte avec bravoure les embûches semées sur son chemin : pas de dragons ni d’épée enchantée ici, mais des créatures bien angoissantes. Il s’engage en chevalier à mener à bien sa quête auprès du Roi. Son texte, solide se montre habile et déjà gagnant. Cependant, on constate un petit moment de fragilité lors de son monologue (« Le bruit des chants s’éteint dans la forêt immense ») où sa voix se dévie de son objectif.
- Brünhilde, véritable amour de Sigurd (Catherine Hunold), peine à paraître, mais se dévoilera plus sincère et brave face à la jalousie de Hilda, notamment lors du duo « Oui ! Pour qu’enfin toute espérance s’éteigne dans ton cœur jaloux ». Son chant devient particulièrement tendre et soyeux, dans le duo avec Sigurd « Oublions les maux soufferts », unis en une seule voix.
- La jeune et malicieuse Hilda (Charlotte Bonnet) est une dure à cuire. Expressive à souhait, elle laisse paraître ses intentions de vengeance et se montre redoutable envers sa rivale. Sa voix, tout aussi charismatique, se libère dans des cris saisissants de colère.

- Uta (Marion Lebègue) s’affirme en nourrice maternelle qui tire les ficelles de cette histoire d’amour à coups de philtre d’amour. Elle magnétise de ses formules au son grave et voluptueux.
- Gunther (Alexandre Duhamel) est un bon roi, proche de ses sujets et de son peuple. Il dégagera par la suite une personnalité plus émouvante lors de la rencontre avec sa destinée, qui le repoussera. Sa voix rassurante et rocailleuse se déploie sur des lignes soutenues, dont la diction souffre à peine.
- Le chevalier Hagen (Nicolas Cavallier) prend également avec sérieux la mission qui lui a été confiée, et s’engage à aider ses partenaires dans leurs missions dans des lignes toniques et mordantes.

- On retrouve le prêtre d’Odin (Marc Barrard) en plein sacrifice, entouré de ses fidèles cachés par des capes, pendus à ses prédications.
- Gilen Goicoechea sait aussi faire entendre sa voix profonde et mûre dans le rôle du barde.
Fidèles au roi Gunther, le quatuor de soldats l’accompagne fièrement, avec une autorité à intimider les plus jeunes. Irnfrid (Marc Larcher) paraît le plus dévoué, Hawart (Kaëlig Boché) le rejoint, tout aussi appliqué et confiant. Rudiger (Jean-Marie Delpas) suit le mouvement, un peu effacé et qui peine à imposer un clair discours. Enfin, Ramunc (Jean-Vincent Blot) se veut convaincant et chaleureux.
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Enfin, les villageois accompagnent avec enthousiasme, démontrent une belle maîtrise de l’œuvre à travers des scènes en tutti puissantes et sonores, accompagnant le récit.
Les artistes ont conquis les visiteurs, qui réclameront plusieurs saluts. À l’amour comme à la scène : Sigurd aura conquis !

