DISQUE – L’Orchestre des Frivolités Parisiennes dirigé par Dylan Corlay enregistre Le Dieu Bleu, ballet de Reynaldo Hahn qui parait aux éditions b•records.
Entité oubliée depuis sa création au début du XXème siècle où elle rencontra un certain succès y compris à l’étranger, le Dieu Bleu ressort aujourd’hui des cartons grâce à l’investissement des Frivolités Parisiennes. L’œuvre ne se situe pas tout à fait au cœur du répertoire de cette formation qui travaille surtout à la redécouverte et à la mise en valeur du registre lyrique léger français (opérette, comédie musicale, opéra bouffe…), quoique Reynaldo Hahn a aussi donné dans ce registre (Ciboulette, Mon Bel inconnu).

Cent ans après : le retour du Dieu Bleu
Loin des ballets d’époques un peu plus anciennes et de leur musique très rythmée qui marquent les pas, Le Dieu Bleu se rapproche presque plus du poème symphonique ou en tout cas d’œuvres chorégraphiques de son époque : Le Prélude à l’après-midi d’un faune pour un traitement des bois très présents, ou Daphnis et Chloé pour la générosité envoûtante de certains motifs symphoniques. D’ailleurs, cette dernière a été créée moins d’un mois plus tard, par la même compagnie. Loin de marquer méthodiquement les rythmes, l’éclat du couple cuivres/percussions est ici surtout employé pour appuyer les ruptures dramatiques. Le livret (Jean Cocteau) plonge le spectateur dans une Inde antique telle qu’elle pouvait être fantasmée à cette Belle Epoque. Lors d’une cérémonie dans un temple hindou, un jeune homme doit épouser la prêtresse. Une soupirante le supplie alors de renoncer pour l’épouser, elle.
Les prêtres offusqués condamnent la jeune fille à la mort, mais alors que des monstres mystérieux viennent la hanter dans sa prison, Le Dieu Bleu apparaît. À l’aide d’une autre déesse, il la sauve, et repart dans les cieux sous le regard conquis des prêtres et du peuple. Si une notice comportant une courte interview de Benjamin El Arbi et Mathieu Franot (fondateurs des Frivolités Parisiennes) vient donner quelques clefs sur cet enregistrement, elle ne comporte quasiment aucun élément sur l’argument.
Le Dieu Bleu immortalisé dans un artefact
La captation proposée a été prise en direct et en public à la Cité de la Musique et de la Danse de Soissons. Une création vidéographique se substituait alors à la danse pour laquelle est écrite initialement cette musique. Dylan Corlay offre une lecture claire et cohérente de la partition, qu’il anime d’un élan continu. Les progressions et les effets sont marqués efficacement sans nuire à la souplesse et à la fluidité de l’ensemble. L’orchestre parvient à retranscrire à de nombreux moments la magie du monde merveilleux proposé par Cocteau par la richesse et le foisonnement des sons. Certains équilibres manquent parfois légèrement d’ajustage, noyant certains motifs (de cordes notamment) dans la masse, défaut potentiellement plus lié à la prise de son qu’à l’orchestre lui-même. La vigueur et la maîtrise des attaques soulignent les reliefs du drame.
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Et au cas où vous l’ayez dans la tête depuis le début de l’article, non, ceci n’est pas le Dieu Bleu :

Pourquoi on aime ?
- Pour la redécouverte de cette partition, qui le méritait !
- Pour la cohérence de l’interprétation orchestrale
- Pour la poésie des musiciens qui transparaît des solos et des passages plus calmes
- Pour les ruissellements cristallins du piano qui éclairent certains passages, un peu à la manière de Saint-Saëns
- Pour le poster au verso de la notice qui reprend le visuel de la couverture. Canon !
C’est pour qui ?
- Les chineurs de rareté oubliée
- Ceux qui aiment Aladin : Du Rêve bleu au Dieu Bleu il n’y a qu’un pas !
- Ceux qui aiment les formats courts : 47 minutes environ. On peut tout écouter d’une traite !
- Ceux qui se retrouvent au carrefour du romantisme et de l’impressionnisme

