FESTIVAL – Bruce Liu, vainqueur du Concours Chopin de Varsovie en 2021, propose un programme entièrement dédié à la grande tradition russe, dans le cadre d’un Festival de Pâques dont l’édition 2025 fait une large place aux jeunes générations du piano.
La conjonction de l’unité et de la diversité s’observe dans le programme choisi par Bruce Liu, qui propose des œuvres rares et des monuments du répertoire russe, exprimant chacune à leur manière le poids du contexte de création, dans l’évocation (Tchaïkovski), l’expression (Scriabine) et le témoignage (Prokofiev). Cette tension s’entend également dans le jeu du jeune soliste, citoyen du monde, né en France, héritier de la tradition chinoise et formé dans l’esprit cosmopolite propre à l’Amérique du Nord.
Tous pour un et un pour tous
Il y a, dans la psyché du pianiste une intériorité qui traverse ses modes de jeux. Une forme d’élégance, notamment dans la conduite des phrases, qui est une invitation à la conversation, par la musique elle-même comme par les délicates adresses au public. L’avancée des phrases est toujours évidente, relevant d’une éloquence humble, sereine et alignée, qui s’emploie à décrire, argumenter ou exprimer. Le contrepoint et l’harmonie installent leur plénitude sonore, semblant naître au monde depuis les paumes de ses mains.

La gestuelle, esthétique et fluide, présente une rondeur permanente ; elle parvient à entretenir la vibration sonore après l’attaque. Le jeu staccato relève d’une attaque exactement millimétrée. L’articulation, comme intérieure à la main, relie les doigts les uns aux autres comme un fil invisible. Le travail de la pédale est constant, car il faut la relever progressivement pour ne pas laisser le Steinway révéler son métal. Le legato que Bruce Liu construit alors se confronte à l’inertie de la matière dont est fait l’instrument. Il semble chercher le noyau interne du son, en révélant progressivement ses harmoniques.
Tous les pianos du monde
L’éclectisme manifesté par le pianiste réside dans l’atmosphère singulière, fugitive et lancinante, de chaque œuvre abordée, du rêve au cauchemar. Comme si plusieurs personnages s’entrechoquaient. L’évocation d’images et d’émotions, à la faveur d’une variété de styles pianistiques, s’inscrit dans cette tension et relève d’une virtuosité toujours au service du sens.

Grâce à ses doigts-lumière, à la clarté de son toucher, le chant s’envole au-dessus des étoiles ou devient champ de blé. Les strates sonores sont différenciées, creusées selon une archéologie patiente et respectueuse du style. Elle raconte une histoire à partir d’un contrepoint d’émotions. Le pianiste s’enfonce dans le son et dans le clavier sans s’y enliser, agrandissant l’espace sonore.
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Quatre bis achèvent de déployer la poétique du jeune interprète, sous l’acclamation crescendo du public : un Chopin intense, un Rameau vibrant, un Satie magnétique, unifiés par l’élégance intérieure et extérieure de son jeu.
Demandez le programme !
P.I. Tchaïkovski
Les Saisons, op. 37a
Le Lac des cygnes, op. 20 (arrangement par Earl Wild), La Danse des petits cygnes
A. Scriabine
Sonate pour piano n° 4 en fa dièse majeur, op. 30
S. Prokofiev
Sonate pour piano n° 7 en si bémol majeur, op. 83

