AccueilA la UneConcert d’Enfer(s) et de Lumière à La Roque-d’Anthéron

Concert d’Enfer(s) et de Lumière à La Roque-d’Anthéron

COMPTE-RENDU – Le Festival International de Piano de La Roque-d’Anthéron propose un concert avec l’Orchestre Philharmonique de Nice et son chef honoraire Lionel Bringuier. Hayato Sumino (alias Cateen) interprète les parties solistes du Deuxième Concerto pour piano de Rachmaninov.

L’étreinte des ombres sous le ciel de Florans

Entre les rituels sataniques des sorcières d’Une nuit sur le Mont Chauve (Moussorgki), le récit depuis les enfers de Francesca da Rimini (Tchaïkovski) assassinée puis damnée et un concerto né de la dépression, le programme promet une soirée des plus sombres.

Le ciel d’été baignant le parc de Florans où se tient le concert s’obscurcit lui-même au fil du premier mouvement du concerto, comme pour s’adapter à l’ambiance de la soirée. Les premiers accords de piano, durs, implacablement rythmés et progressant d’un crescendo gradué en paliers réguliers, immergent de suite l’auditeur dans les tourments du compositeur. La profondeur déchirante des notes d’Hayato Sumino y sonne ensuite comme les cris intérieurs d’un esprit torturé. Après l’entracte, le mal apparaît sous une malice entraînante mais non moins ténébreuse, portée par les ostinatos de cordes assombris par les notes de cuivres dans la Nuit sur le Mont Chauve. Les accélérations amenées avec clarté par Lionel Bringuier endiablent la partition au sens littéral du terme quand les ruptures à la fois franches et pertinentes soulignent ses contrastes. Cette impulsion se retrouve avecFrancesca da Rimini dont la cohérence de la lecture rend le sort pleinement limpide à chaque moment de son récit orchestral. Le Philharmonique lui donne ici quelques couleurs italiennes notamment dans le traitement des bois ou dans certains éclats orchestraux qui apparaissent ici presque verdiens.

Quand le piano rallume le jour

Mais la musique de Tchaïkovski indique si bien que, même au milieu des enfers, Francesca garde le doux souvenir de son amour. Dans ce concert, la lumière est d’autant plus douce que l’obscurité est dense. Les cloches chassent peu à peu les démons du mont chauve jusqu’aux nuances finales portées par la harpe et les bois marquant poétiquement le retour du jour. Dans le concerto, comme empathique, l’orchestre enveloppe les intentions du piano, tantôt se fondant à son jeu, tantôt dialoguant avec lui (comme lors du solo de flûte de l’adagio sostenuto). Les nuances et les tensions du jeu d’Hayato Sumino révèlent toute la complexité de ce mouvement ainsi que sa couleur douce-amère caractéristique.

L’orchestre lui laisse un certain espace mais le piano gagnerait parfois à être mis davantage au premier plan. Si l’unité des différentes sections de l’orchestre est par moments perfectible, l’engagement des musiciens et la direction de Lionel Bringuier font cependant ressortir entièrement l’élan de chacune des partitions. Les reliefs tantôt subtils tantôt marqués de l’allegro scherzando sont ciselés avec autant de finesse que de sensibilité, jusqu’à ce que la lumière extatique émanant de la brillance du piano et de l’orchestre triomphe définitivement de la noirceur sur le final.

Après le triomphe des applaudissements et des acclamations, Hayato Sumino donne deux variations en rappel, une à partir de l’adagio sostenuto et une seconde sur la comptine Ah ! vous dirai-je, maman pour une dernière touche de lumière sur le ton de l’humour.

À Lire également : Hayato Sumino, de Youtube à la salle Gaveau

Photos © Franck Denis

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