OPÉRA – Après une série de spectacles mis en scène, l’Opéra Orchestre Normandie Rouen a présenté au Théâtre des Champs-Elysées une version de concert de son Sémiramis de Rossini, avec les mêmes artistes au plateau.
Trois représentations de Sémiramis sur la scène de l’Opéra de Rouen, dans la mise en scène de Pierre-Emmanuel Rousseau, ont permis aux interprètes et aux musiciens de pleinement se familiariser avec un des opéras les plus ambitieux de son auteur. Ce véritable chant du cygne de Rossini a laissé dans l’Histoire de somptueux souvenirs dans les mémoires avec notamment l’affrontement dans les rôles de Sémiramis et d’Arsace de Montserrat Caballé et de l’incroyable Marilyn Horne à Aix-en-Provence en 1980.
Basse de combat

Dur de rivaliser avec la légende, mais les forces en présence au Théâtre des Champs-Élysées a de quoi faire, quand même. Elle révèle déjà dans le coin gauche, et dans le rôle d’Assur, une basse aux moyens impressionnants : Giorgi Manoshvili. Outre une voix parfaitement homogène et radieuse, projetée avec éclat, il livre une belle leçon de chant rossinien nuancée et incisive. Dans le rôle de la seconde basse Oroe (et du Spectre du Roi Nino), Grigory Shkarupa offre des moyens généreux tout en faisant acte d’une autorité sans faille.
Dans le coin droit, on ne présente plus Karine Deshayes. La chanteuse française impose en Sémiramis une vocalité parfaitement assurée, une science harmonieuse des nuances et des couleurs, une vocalise précise et une tension vocale permanente qui démontre toutes les facettes de ce personnage aux multiples visages. Il manque toutefois comme une générosité plus affirmée en termes de projection pour totalement séduire.

Fagioli lutte
À ses côtés, le contre-ténor Franco Fagioli dans ce rôle de folie du guerrier Arsace pensé par Rossini pour un contralto puissant comme un hommage réel aux castrats, semble un peu égaré. Le formidable musicien qu’il est, habitué des sommets stratosphériques qui fondent ses interprétations, est bien sûr toujours de la partie. Mais la technique vocale se heurte ici à une dissociation des registres entre aigus éperdus, médium peu riche en couleurs et mince et graves très accentués, à la Marilyn Horne justement. Pour autant, la sincérité de sa composition et son implication lui permettent de conquérir un public acquis à sa cause. Paris est toujours admiratif de cet interprète fascinant et singulier.
Jusqu’au dernier round
Aux côtés de l’Orchestre de l’Opéra Normandie Rouen, Valentina Peleggi surprend par la vigueur de sa direction, mais il ne faut pas confondre intensité et virtuosité. L’ouverture paraît un rien pesante : on attend un peu plus de relief dans Rossini.
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Si le premier acte se ressent de cette approche qui peine à insuffler la pleine vivacité à cette musique, la cheffe retrouve son tempérament dans un deuxième acte de fait plus dramatique. Comme un round d’observation, avant que la vraie bagarre ne commence, dans cette super-production rossinienne, qui se hisse au top du Boxe office.

