AccueilSpectaclesComptes-rendus de spectacles - LyriqueLes Brigands de Verdi, un succès pas volé à Marseille

Les Brigands de Verdi, un succès pas volé à Marseille

COMPTE-RENDU – L’Opéra de Marseille présente I masnadieri (Les Brigands) de Verdi en version concert, dirigée par Paolo Arrivabeni, avec Nino Machaidze, Antonio Poli, Nicola Alaimo.

Ouvrage de relative jeunesse de Giuseppe VerdiI Masnadieri (Les Brigands) fut composé durant ses années de misère comme l’exprimait le compositeur lui-même. Entre Macbeth et Jérusalem, cet opéra fut son premier ouvrage créé sur une scène lyrique hors d’Italie, et ce en juillet 1847 au Théâtre de Sa Majesté à Londres. L’ouvrage réserve de véritables surprises dramatiques et vocales pleinement mises à l’honneur ici sous la baguette de Paolo Arrivabeni.

Antonio PoliOrchestre et Chœur de l’Opéra de Marseille (© Christian Dresse)

Une équipe de haut vol

La distribution vocale réunie à Marseille par Maurice Xiberras, Directeur de l’Opéra, s’élève aux sommets de cet opus qui enchaîne les airs et ensembles sans discontinuer et pose ses exigences tant vocales qu’interprétatives. En premier lieu, Nino Machaidze dresse un portrait à la fois délicat et incisif d’Amalia, cette jeune femme au caractère affirmé et sans cesse tiraillé entre les deux frères rivaux. Au fil du temps, la voix s’est élargie et a pris des teintes un rien plus sombres, tout en conservant une ligne pure et souvent aérienne. L’aigu s’est un peu durci et ses qualités de belcantiste dans un rôle qui exige trilles et notes piquées apparaissent moins nettes désormais. Mais l’engagement héroïque de l’interprète et sa maîtrise du souffle forcent l’admiration, levant sans aucune ambiguïté toute réserve. Le public marseillais la salue avec grand enthousiasme, les passages si périlleux sur le plan strictement vocal étant enlevés par la cantatrice avec ardeur et sincérité. 

Giorgi Manoshvili et Nino Machaidze (© Christian Dresse)

À ses côtés, le ténor Antonio Poli se mesure avec efficacité à la tessiture haute et souvent fort tendue de Carlo. La voix apparaît large, la technique affirmée, l’endurance requise car le rôle est somme toute assez long. Il s’imprègne bien de ce personnage assez invraisemblable et lui donne corps. 

Raphaël Brémard et Antonio Poli (© Christian Dresse)

La jeune basse géorgienne Giorgi Manoshvili, habitué du Festival de Pesaro, prouve en Massimiliano qu’il faut désormais compter sur lui pour insuffler toute la prestance requise aux nobles du grand répertoire italien. La voix apparaît imposante, soutenue et possède des accents bouleversants. Le timbre profond et fort timbré impressionne tout au long de ses interventions. 

Brigand en chef

Que dire de Nicola Alaimo sinon que la dimension vocale à laquelle il est parvenu aujourd’hui tutoie les étoiles. Il déploie des couleurs vocales affirmées et d’une variété constante, mettant pleinement en valeur la troublante haine qui occupe tout le personnage sanglant et complexe de Francesco. La voix est parvenue à sa pleine extension tout en conservant sur toute la longueur un legato qui l’affirme comme un authentique baryton Verdi. La grande scène au quatrième acte, sommet majeur de l’œuvre, voit le personnage, torturé par ses méfaits et rejeté par l’Église, basculer dans une scène de folie, l’une des rares réservées à un homme. Ce délire se décline un peu à l’image de celui de Macbeth, et permet à l’interprète de sortir de lui-même de façon impressionnante. La salle de l’Opéra de Marseille l’ovationne sans réserve. Juste après ce concert, Nicola Alaimo devait rejoindre le Teatro Real de Madrid pour interpréter ce même rôle auprès de Lisette Oropesa

Nicola Alaimo (© Christian Dresse)

Dans le rôle d’Arminio, le complice de Francesco, Carl Ghazarossian donne sa pleine mesure, tandis que les rôles plus secondaires – Moser et Rolla – sont interprétés avec talent par Thomas Dear et Raphaël Brémard

Nicola AlaimoCarl Ghazarossian et Thomas Dear (© Christian Dresse)

Des Brigands à la baguette

Paolo Arrivabeni démontre pleinement ses affinités spécifiques avec ce répertoire verdien des premières années, hérité du bel canto antérieur. Dès l’ouverture, posant les amarres du drame qui va se dérouler, le chef planifie sa direction qui jamais ne sombre dans l’excessif, mais qui met totalement en valeur tant les scènes vigoureuses que celles un rien plus apaisées. L’Orchestre phocéen répond avec une complète efficacité et une musicalité d’ensemble affirmée aux directives de Paolo Arrivabeni. Le Chœur de l’Opéra, désormais dirigé par Florent Mayet, a fort à faire et se tire avec les honneurs de sa partie imposante. Autrement dit, succès total et complet pour cette œuvre rare de Verdi, à l’ombre du Vieux-Port de Marseille.

Paolo Arrivabeni (© Christian Dresse)


À Lire également : Les Brigands en cavale à l’Opéra de Paris

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