AccueilSpectaclesComptes-rendus de spectacles - DanseCarolyn Carlson en eaux profondes à Orsay

Carolyn Carlson en eaux profondes à Orsay

DANSE – Dans l’écrin de la nef du musée d’Orsay pour deux soirées, Carolyn Carlson présente un rituel dansé à la croisée des arts. La grande prêtresse de la danse contemporaine orchestre une cérémonie poétique où se mêlent mouvement des corps, verbe et musique. Une quête mystique qui puise aux sources de ses pays de cœur : la Finlande de ses origines, la France de son adoption et de sa consécration et le Japon de ses fascinations. Entre reprises de son répertoire et improvisations, voilà qu’elle nous offre une soirée dans un des plus beaux musées parisiens. 

Le chœur de « hurleurs » finlandais Mieskuoro Huutajat ouvre la soirée. Ces hommes en noir instaurent d’emblée une atmosphère primitive.

L’eau qui dort

Surgit alors un magnétique danseur japonais, Yutaka Nakata, dans un solo puissant : A deal with instinct. Torse nu dans un pantalon blanc traditionnel, il semble livrer un combat mystérieux contre des forces invisibles. Carlson explore la dimension féline de ce danseur à travers la pratique des arts martiaux. Inspirée de la nature, du bouddhisme zen ainsi que des techniques du Tai-chi et du Qi Gong, cette pièce invoque les pouvoirs de deux animaux sacrés, le tigre et le serpent, quête d’équilibre dans notre monde instable. Cette œuvre nous invite à une traversée poétique et initiatique vers la région sacrée du Mont Koya, réveillant en nous des instincts endormis, une quête spirituelle et un élan vital renouvelé.

Poetry Events permet ensuite à Carolyn Carlson de déclamer ses propres poèmes en anglais, un danseur complice les traduisant en français tandis qu’une danseuse vêtue de vert évolue au-dessus de nos têtes sur une passerelle suspendue. Moment de liberté totale où danse, poésie et musique s’entrelacent. 

Eau, temps, suspends ton envol

Le moment si attendu arrive avec le solo du danseur étoile, Hugo Marchand, Sunlight under water, créé initialement en collaboration avec les Jardins culturels Dior et le Château de Versailles. L’étoile de l’Opéra, drapé de blanc dans un bain de lumières bleues évoquant l’eau, explore la frontière entre sacré et profane, spirituel et physique. Telle une sculpture vivante, il incarne l’eau comme flux éternel de créativité, laissant parfois échapper de ses mains ce trésor liquide dans une danse d’une beauté saisissante. 

Eaux fortes

Le spectacle s’achève avec Rage (première), cri d’alarme face aux tyrans du pouvoir. Sara Orselli et Juha Marsalo, complices de Carlson depuis 25 ans, livrent un duo d’une violence contenue, soutenu par les cris puissants du chœur finlandais. Combat silencieux entre un homme et une femme qui dénonce les egos destructeurs et cupides qui blessent corps, âmes et nature. Mais plus qu’un cri, c’est un appel à l’amour et à la vie dans un monde où tout s’écroule. 

À lire également : The Tree : le feu sacré de Carolyn Carlson

À 80 ans, Carolyn Carlson continue de nous bouleverser en nous questionnant. Ses créations, empreintes de spiritualité mystique, nous reconnectent aux forces telluriques comme autant de rites ancestraux oubliés. Avec elle, la danse redevient communion sacrée entre l’humain et la nature, urgente nécessité de notre époque meurtrie. En sortant du musée d’Orsay, une seule obsession demeure : renouer notre alliance avec l’eau cet été, ce trésor si précieux et si fragile, tout en préservant la mémoire de la performance d’Hugo Marchand à la plage face à la mer.  

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