Yuja Wang, comme une cheffe !

FESTIVAL – La pianiste star Yuja Wang et le Mahler Chamber Orchestra se produisent dans le cadre du Festival Radio France Occitanie au Corum de Montpellier. 

Evènement parmi les plus attendus du festival, le concert affichait déjà complet plusieurs semaines en avance. L’ambiance commençait plutôt fraîchement. Quelques huées sont venues accompagner les mots du présentateur annonçant, le remplacement du deuxième concerto de Chopin par le quatrième de Nikolaï Kapoustine, légèrement moins populaire. Joué par des musiciens de l’orchestre, le style formel néoclassique de l’Octuor pour instruments à vent de Stravinsky et son interprétation élégante mais ascétique n’aura que peu contribué à chauffer la salle. 

Yuja Wang et Kapoustine : chaleur sur le Corum

Le contraste en est d’autant plus saisissant quand Yuja Wang arrive d’un pas tonique sur ses talons aiguilles, dans une des tenues dont elle a seule le secret. Le climat change alors immédiatement du tout au tout, après une réaction discrète mais palpable de l’assistance à l’entrée de la star. Il est assez répandu que des pianistes dirigent l’orchestre en jouant pour des concertos baroques ou classiques dont l’effectif est souvent simple et l’écriture orchestrale essentiellement tournée vers le soliste. C’est beaucoup plus rare pour des œuvres de la fin du romantisme (en particulier Tchaïkovski, dont il est question ce soir) où l’orchestre plus étoffé développe une identité propre, et donne parfois le maximum de ses capacités, en même temps que le piano. Mais Yuja Wang aime le risque, et choisit ici d’assumer doublement la direction et le piano soliste. Elle disait elle-même au Telegraph apprécier, jouer et diriger en même temps. Selon ses mots : « [C’est] comme le faire sans préservatif ».

© Alyssa Leroy

Après un rapide salut, et sans plus de cérémonie, elle lance donc avec vigueur le concerto de Kapoustine qui s’enflamme dès les premières notes. L’orchestre comme la pianiste, surfent sur ses rythmes largement inspirés du jazz, ponctués par la batterie. Malgré la quasi absence de direction visible depuis le piano, Yuja Wang restant concentrée sur son jeu, la coordination entre le clavier et l’orchestre est impeccable tout du long. Les temps forts sont appuyés avec efficacité mais sans lourdeur. Les rebonds subtils sur les graves dans le jeu de la pianiste alternent avec les suites d’aigus cristallins. 

Après l’entracte, l’orchestre ici dirigé par son premier violon propose l’Ouverture Coriolan de Beethoven, dont le style tragique et héroïque tranche avec le feu d’artifice du concerto de Kapoustine. Sans défaut technique, l’interprétation adopte un tempo vif qui souligne l’énergie de l’orchestre, mais laisse peu de places aux développements des motifs ou aux accords glaçants des cordes. 

Dans les draps de Tchaïkovski

Après quelques minutes d’attente, Yuja Wang revient cette fois-ci en minirobe pour le premier concerto de Tchaïkovski (créé en 1875 et qui fête donc cette année ses 150 ans). La résonance des accords plus graves ponctue de solennité le lancement du premier mouvement. Dans un autre registre, la fluidité des aigus cristallins entendus dans le concerto précédent est retrouvée. La sensibilité de Yuja Wang leur donne ici un ton poétique, notamment dans le deuxième mouvement. La pianiste se lève par moments pour réimpulser l’orchestre, à l’aide de quelques indications gestuelles, avant la cadence du premier mouvement par exemple. Si les cordes sont parfois un peu faibles pour déployer l’expressivité des traits déchirants de l’ensemble, les motifs de bois qui accompagnent le piano tantôt avec douceur tantôt avec passion font, eux, pleinement leur effet. Le piano et l’orchestre maintiennent une parfaite cohésion lors des finaux triomphaux du premier et troisième mouvement. 

À lire également : Yuja Wang et le MCO : l’équipée, pour durer

Les plus férus de Chopin ne repartent pas totalement bredouille, puisque Yuja Wang et l’orchestre donnent en premier rappel une partie du Larghetto de son deuxième concerto. La douceur du dialogue entre le piano et le basson doucement poussé par les cordes y est particulièrement remarqué. Un autre morceau jazzy de Kapoustine le suit. Et pour finir encore sur une dernière note caliente, le concert se conclut avec une danse d’Arturo Márquez, arrangée pour piano avec quelques percussions latines en supplément. 

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