COMÉDIE MUSICALE – La compagnie Sereno présente The Dreamer au Festival OFF d’Avignon. Une pièce musicale écrite par William Boutet et mise en scène par Thomas Busson et Amélie Sureau.
Ma très chère sœur…
Voilà quelques jours que j’ai atterri sur les terres de Broadway ! Tu verrais ça : ici, tout n’est que fantaisie et excentricité. La musique résonne à chaque coin de rue, les chorégraphies sont endiablées, les costumes captivants et colorés… Je vis un rêve éveillé. Depuis que j’ai quitté la ferme, c’est comme si ma vie était mise en scène (Amélie Sureau et Thomas Busson), je virevolte de mon petit appartement à travers les ruelles sombres de New York pour atterrir entre les murs en velours du célèbre Susan’s Palace !
Et grande nouvelle : j’ai enfin rencontré mon idole, mon modèle, celle qui incarne Broadway à elle seule : Susan Stone (Lucile Roux-Baucher) !
Nous sommes allés l’écouter avec Mr. Kelly (Robin Val), et elle était exactement comme dans mes rêves : époustouflante. Dans une robe moulante fendue jusqu’à la cuisse, provocante et sexy, sa voix glissait dans les graves avec une sensualité troublante, jouant des contrastes avec une maîtrise absolue. Quel peps, quel charisme vocal ! Comment ne pas être charmé par cette voix ? J’ai aussi fait la rencontre de Velma (Vannina Meritan Maïnetti), son assistante (tout aussi ravissante, avec des manières à la Betty Boop, mais une voix comme Aretha Franklin) et d’une dévotion rare envers la star. Elle avait pour habitude de lui apporter ses Bloody Mary, avec une fréquence presque dangereuse. Et figure-toi qu’elle est la seule à avoir mémorisé mon prénom du premier coup. Peut-être ai-je éveillé un petit quelque chose en elle…?
Je me souviens…
Je me souviens encore de toi et de Papa (Alexandre Liebe), inquiets, pensant que je perdais la tête à vouloir tenter cette aventure, à vouloir suivre les traces de Maman. Je n’oublierai jamais ce jour où j’ai dû gifler Papa, pour qu’il cesse de me rabaisser comme il l’a toujours fait, avec cette voix rauque et misérable. Je sentais vos douleurs et vos peurs, dans vos voix écorchées. Mais regarde où j’en suis : j’y suis arrivé. Et désormais, je vais vous rendre fiers en vivant enfin de mon art, et prouverai que Papa avait tort.
Toi, ma douce Emilia (Margaux Guiraud), ta voix si tendre résonne encore dans ma tête. Je me rappelle ces moments précieux où tu m’apportais des DVD de Chantons sous la pluie, Hamilton, ou mon préféré, Le Magicien d’Oz. Tu m’as toujours soutenu, même si, au fond de toi, tu avais peur. Je t’en suis profondément reconnaissant… et bientôt, je te le rendrai. Moi, Marlon (William Boutet), vingt-cinq ans, rêveur un peu maladroit, étoile montante de la comédie musicale ! Ce n’est qu’une question de temps pour faire mes premiers pas sur les planches de Broadway. J’ai encore peut-être une pointe de naïveté… mais je me battrai corps et âme pour réaliser ce rêve. Et un jour, vous viendrez m’écouter. Vous serez là, dans la salle, et vous m’entendrez chanter sous les projecteurs de cette grande scène sacrée ! En attendant, je vais me donner à fond, tout comme Maman l’aurait fait. Pour me soutenir, je sais que je peux compter sur mon vieil ami Mr. Kelly qui est toujours à mes côtés. Fidèle, bienveillant et débordant d’enthousiasme, toujours prêt à faire le pitre avec une spontanéité folle ! Nous formons un véritable duo, tels Aladdin et le Génie. Je dois être honnête, il assure !
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Mais malgré toute cette euphorie… toujours pas de trace de Maman. Et pourtant, j’ai parfois l’impression de la toucher du doigt. Elle me rend visite la nuit dans ma chambre, mais demeure silencieuse. Elle essaye de me parler, mais son image me terrifie autant qu’elle me hante. Je rêve de nous revoir tous réunis, enfin heureux. Je suis sûr qu’elle serait fière de moi, de ce chemin que j’ai choisi quelque part à travers elle. Je te le promets, Emilia : je la retrouverai. Et nous retrouverons notre famille.
Je t’embrasse fort,
Arthur Marlon

