COMÉDIE MUSICALE – Le 16 septembre, au Theater 11 de Zurich, Cats ne se contente pas de ronronner avec sa réputation : il bondit, griffe, séduit et décroche les rideaux. Standing ovation pour un spectacle dont la mise en scène n’a pas changé dans son essence depuis des décennies. On pourrait imaginer un simple cabaret de chats en guêtres : c’est en réalité une machine artistique d’une précision extrême, où chaque détail est ciselé comme un mécanisme d’horlogerie suisse. Un spectacle à re-découvrir à Monte-Carlo au mois de décembre !
Performance – Chacré niveau
On ne le dit pas assez : Cats exige de ses interprètes une polyvalence presque surhumaine. Bien chanter ne suffit pas : il faut déclamer T. S. Eliot avec rythme, danser comme un félin sous amphétamines, bondir à quatre pattes et maintenir une ligne vocale impeccable tout en imitant des moustaches invisibles. Ils sont plus de vingt danseurs et acteurs à se relayer sur scène, chacun réalisant lui-même son propre maquillage — une prouesse qui contribue à la force de l’illusion collective.
La partie chorale joue ici un rôle déterminant : l’ensemble ne sert pas de simple accompagnement, mais agit comme un bloc dramatique, capable de créer des atmosphères hypnotiques qui maintiennent la tension entre deux solos. Et puis vient le grand moment attendu : Memory. L’air de Grizabella, immortalisé par Barbra Streisand ou Céline Dion, résonne ce soir-là avec un sens du drame contenu et une pureté vocale à donner des frissons.

Scéno – Chat déménage !
La scénographie de Cats n’est pas un décor : c’est un organisme vivant. Objets qui apparaissent, disparaissent, se métamorphosent : une vieille botte devient pupitre, un four se change en cachette, une malle de voiture abandonnée en boîte à surprises… et souvent les chats surgissent de nulle part, comme téléportés d’une autre dimension. Tout paraît désordonné, mais chaque élément est calculé pour dynamiser l’espace. On assiste même à des instants de pure magie scénique : chats qui volent, ascensions spectaculaires, décors qui pivotent avec l’agilité d’un félin sur un toit brûlant.
Public – Chaleur
Les Zurichois ne sont pas réputés pour leurs débordements, et pourtant ce soir-là ils crient, applaudissent en rythme, lèvent les bras lorsque les chats s’approchent du public. Plusieurs fois, un félin renifle un spectateur du premier rang, frôle un accoudoir ou s’installe dans les gradins comme si toute la salle lui appartenait. Résultat : tout le monde est pris au jeu, de la première à la dernière rangée. À la fin, la standing ovation est immédiate, longue, sonore : la salle rugit de plaisir comme une portée de chats rassasiés, applaudissant au rythme des thèmes du musical qui défilent, comme au West End ou à Broadway.

Ronronner sur le rocher !
Cette étape à Zurich prépare le grand coup de griffes qui s’annonce. Du 14 au 31 décembre, Cats s’installera à l’Opéra de Monte-Carlo, dans la mythique Salle Garnier. Dans ce cadre fastueux, les effets scéniques promettent d’être encore plus saisissants : imaginons les chats bondissant entre marbres et dorures, les décors envahissant ce temple lyrique du rocher, et le public monégasque, ébahi devant un félin lui sautant littéralement au visage dans une salle peu habituée à accueillir des comédies musicales. Ce n’est pas qu’une date de plus : c’est un geste artistique fort, qui vient clore l’année en apothéose.
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Verdict
On peut sourire du kitsch, se moquer de la reproduction clonée d’une production qui a plus de trente ans, ou se demander si tout cela a encore du sens. Mais ce 16 septembre à Zurich, la réponse est limpide : oui. Parce que quand les chats volent, quand les objets s’animent, quand la danse s’emballe, quand les chœurs résonnent et que Memory déploie toute sa force, la musique d’Andrew Lloyd Webber atteint un degré d’excellence rare.

