DANSE – Le chorégraphe Dwight Rhoden transpose Gatsby en une version ballet Broadway. Entre paillettes kitsch et narration illisible, le rêve américain s’évapore pour cette soirée unique aux Folies Bergère.
Danseurs perchés sur des tables, filles en robes sexy, cabaret des années folles : bienvenue dans The Great Gatsby, imaginé par Dwight Rhoden, ex-danseur de chez Alvin Ailey et fondateur de Complexions Contemporary Ballet. Créé en 2014 à Kiev, le spectacle revient en tournée dans toute la France, avec une seule date aux Folies Bergère.
The great Gats-qui ?
Sur le papier, tout semble là : l’histoire de Jay Gatsby, millionnaire mystérieux qui organise des fêtes somptueuses pour reconquérir Daisy, l’amour de sa vie mais surtout sa voisine mariée – jusqu’à ce que son rêve s’écroule, révélant l’illusion du rêve américain et la vanité de ses mondanités. Mais voilà. Autant le dire d’emblée : ce Gatsby a perdu de sa superbe. Et c’est bien dommage, car on parle quand même d’un monument de la littérature américaine. Mieux vaut avoir lu le roman ou vu les deux magnifiques films sur Gatsby (Gatsby le Magnifique de Jack Clayton avec Robert Redford ou celui de Baz Luhrmann avec Leonardo DiCaprio) avant de venir, sinon on ne comprend strictement rien.

La narration est confuse et elliptique, rendant l’intrigue totalement illisible pour les néophytes. Les tableaux se succèdent, parfois plaisants, sans qu’on puisse vraiment saisir les enjeux, ni deviner les sentiments entre Gatsby et Daisy. Et c’est bien dommage ! L’exubérance des années folles ? À peine esquissée dans un tableau de fin du premier acte où explosent pacotilles, bouteilles de champagne et confettis dorés. Un minimum syndical par rapport à l’atmosphère décadente, captée par Baz Luhrmann au cinéma. La violence entre classes sociales ? Quasi absente, à peine incarnée par le garagiste au deuxième acte, et on ne comprend même pas d’où vient Gatsby. Quant à l’histoire d’amour censée être au cœur du spectacle, il faut la deviner.

Alors on danse…
Côté esthétique, les costumes de la maison ukrainienne FROLOV – tissus transparents sertis de pierres, broderies main – soulignent joliment le caractère des protagonistes. La scénographie aurait pu être bien, mais des projections vidéo kitsch au possible gâchent la chorégraphie. Des bouts de films avec des acteurs qui ne correspondent pas aux danseurs sur scène. Il aurait fallu supprimer ces vidéos pour se concentrer uniquement sur la danse, surtout pour les spectateurs loin de la scène.

Car justement, la chorégraphie de Rhoden est efficace : sauts répétitifs, gestuelle agréable à l’œil, vocabulaire clairement marqué par l’école Ailey. La bande-son de Konstantin Meladze et Yurii Shepeta nous emporte dans le tourbillon. Les tableaux, pris isolément, se regardent plutôt bien. Mais les interprètes principaux peinent à porter l’ensemble. Oleksii Potomkin, tête d’affiche, interprète Gatsby avec une lassitude qui ne colle pas aux tourments intérieurs du héros. On sent la maîtrise technique, mais l’expressivité du visage fait défaut. Eva Racene campe une Daisy longiligne, très froide, à la moue boudeuse– mais sans réelle profondeur.
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Une fois acté que ce Gatsby ne retranscrit pas vraiment le roman, on passe une soirée convenable sur fond d’esprit jazz. Mais sans grand enthousiasme. On se dit qu’un chorégraphe de l’envergure de Matthew Bourne aurait peut-être mieux rendu justice au mythe.

