AccueilSpectaclesComptes-rendus de spectacles - InstrumentalArgerich - Goerner : deux pianos, une âme

Argerich – Goerner : deux pianos, une âme

CONCERT – Production « Piano 4 étoiles », hommage à Maurizio Pollini : la Philharmonie de Paris affiche complet, jusqu’à la scène. Deux Steinway ouverts à vif, comme démembrés, attendent leurs maîtres. Silence.

Argerich et Goerner entrent, se tiennent par la main — même taille, même allure. Il annonce au micro un changement de programme : on commencera par Beethoven, puis Mozart. Elle s’installe à droite, lui à gauche. Le concert peut commencer.

Deux respirations : un même souffle

Dès les premières mesures de Beethoven, le ton est donné. Tempo rapide, grave profond, son fuyant, presque onirique. Argerich garde le rythme du pied, on l’entend respirer, relâcher son souffle. Son jeu, ancré dans les médiums, marche sur des graves bourdonnants, son toucher est franc. Goerner, penché sur sa partition, concentre son énergie : un geste recourbé, précis. Ensemble, ils tracent une ligne de force souple, qui se dissout dans le rêve.

Sur Mozart, ils se partagent le même clavier. Lui, toucher soyeux, agile, romantique ; elle, voix médium et grave, avec un caractère plus tranché. Quand leurs phrases se rejoignent : velours. Argerich retire parfois les mains du clavier comme pour dire « j’ai tout dit », puis relance l’élan. Goerner chante intérieurement sa mélodie, lèvres en mouvement. Le duo est fusionnel, les couleurs se répondent. Lui a tendance à se grandir du buste, comme un cygne, avant de se recroqueviller dans l’intensité. Elle, c’est avec la tête que tout avance, épaules qui se soulèvent, gestes qui parlent : elle discute quand elle joue. Deux présences physiques différentes, mais une même écoute, une même pulsation, un regard partagé.

Tempêtes et mirages

Chostakovitch : chacun son piano. Lui ouvre la voie, robuste, énergique. Elle répond par une mélodie liée, presque xylophonique. Motifs enfantins, éclats de cirque, tension généreuse. Le public explose d’applaudissements. Ravel ensuite : retour au piano unique. « Ma mère l’Oye » déroule ses songes, mains entremêlées, toucher méditatif. Puis « La Valse », grouillante, tempétueuse. Goerner trace de grands gestes circulaires, forme d’infini ; Argerich, plus verticale, concentrée, saute sur les graves. Leur dialogue devient vertige. Climax atteint, valse flamboyante, rugissante.

Fusion en apothéose

Ils reviennent pour deux bis : un céleste Debussy, « Petite suite en bateau », joué à deux sur un même piano, suivi de la sonate pour piano à quatre mains en ré majeur K.381 de Mozart. L’aura qui se dégage d’eux emplit la salle. Standing ovation longue, trois rappels. Argerich salue chaque personne, et cède au jeune garçon fasciné, qui les suppliait de lui signer son programme. Le public, subjugué, ne veut plus les laisser partir.

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Demandez le programme !

  • W.A. Mozart – Sonate KV 521 à quatre mains
  • L.V. Beethoven – Grande fugue op. 134 pour deux pianos
  • D. Chostakovitch – Concertino op. 94 pour deux pianos
  • M. Ravel – Ma mère l’Oye / La Valse

Bis : C. Debussy – Petite suite en bateau / W.A. Mozart – Sonate KV 381 à quatre mains

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1 COMMENTAIRE

  1. Sublime concert, deux petits martiens discrets qui semblent tombés tout droit de l’espace sidéral, se tenant par la main, aussi lunaires l’un que l’autre, humbles mais d’une force à la fois titanesque et légère, explosant les cadres de la simple expression artistique. Le public explose. Deux âmes sœurs bouleversantes de talent, de sentiment et d’une puissance époustouflante.

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