DANSE – La chorégraphe coréenne Eun-Me Ahn nous embarque dans un voyage coloré et poétique qui dynamite les clichés occidentaux sur l’Asie. Une plongée gourmande dans un univers visuel débordant à découvrir au Théâtre de la Ville.
Quand on lit le titre du nouveau spectacle d’Eun-Me Ahn, figure phare de la scène chorégraphique coréenne, Post-Orientalist Express, on pense forcément à un voyage en train, et on s’imagine partir à la découverte de la culture asiatique avec plusieurs escales sur le continent. L’idée de la chorégraphe est de montrer que les cultures asiatiques se différencient les unes des autres, tout en interrogeant les fantasmes occidentaux qui les réduisent à certains clichés. Le projet a commencé en 2019, lorsque la chorégraphe a voyagé avec huit danseurs et danseuses en Thaïlande, aux Philippines, à Bali, à Okinawa ou au Vietnam pour s’imprégner des danses traditionnelles respectives.
Le passé à grande vitesse
Considérée comme une figure incontournable de Séoul, Eun-Me Ahn a développé son propre style, reconnaissable à ses mises en scène colorées et dynamiques. Du kathakali sud-indien au théâtre nô japonais, en passant par le chamanisme coréen et les arts martiaux, elle insuffle une nouvelle vie à ces mouvements anciens. À 63 ans, la danseuse fait circuler l’énergie avec une vitalité stupéfiante parmi ses danseurs et démontre que la culture asiatique est une culture ouverte, multiple, en perpétuel mouvement.

Ce qui frappe d’emblée dans cette nouvelle création, c’est cette explosion de couleurs vives qui évoque une confiserie géante, façon Charlie et la Chocolaterie. Les tableaux s’enchaînent à toute vitesse avec 90 costumes inspirés de tenues traditionnelles, fusionnés à la culture pop si présente en Corée : femmes et hommes complètement irréels, fleurs démesurées, Barbies, bonbons, oiseaux, dragons… Certains tableaux sont visuellement somptueux.

Raccrocher les wagons
Eun-Me Ahn pousse les clichés jusqu’à l’extrême, si bien qu’on a vraiment l’impression de se retrouver dans ces films hollywoodiens comme Anna et le Roi ou ceux de Bruce Lee, dont une vidéo apparaît au début du spectacle. Parfois, on peine à identifier quelle danse appartient à quel pays, ce qui crée un ensemble décousu, une sorte de clip géant aux coutures apparentes. On croise même des références à la pop culture comme Kung Fu Panda, quand un panda géant débarque, enchaîne les gestes des arts martiaux et casse des petites tablettes.
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Eun-Me Ahn sait mêler tradition et modernité pour concevoir des spectacles qui donnent la pêche et font voir la vie en Technicolor. Avec Post-Orientalist Express, malgré son aspect décousu, elle parvient à faire dialoguer légendes, les danses folkloriques et les cultures populaires. C’est un mic-mac visuel qui en met plein les yeux, tout en nous rappelant que les temps changent et que pourtant, rien n’a vraiment changé : les clichés ont la peau dure. Une manière jubilatoire et colorée de les dynamiter pour mieux les dénoncer.

