DANSE – Pour sa 10e édition de Quatre tendances, l’Opéra de Bordeaux réunit l’élite de la création contemporaine. Des chorégraphes emblématiques, portés par le couple Sol León et Paul Lightfoot, côtoient les jeunes talents de demain. Un florilège de pièces parmi les plus inventives du moment, interprétées par le ballet de l’Opéra National de Bordeaux.
La Belle sans Bête
Xenia Wiest signe sa nouvelle création Beauties and Beasts. Ici, pas de romance, ni de syndrome de stockholm, mais un parcours initiatique au féminin. Dans un décor épuré, un filet de sable s’écoule lentement. Les danseuses défient le temps qui passe. D’abord bestiales, elles s’apaisent peu à peu pour ne faire plus qu’un. Les jambes nues dévoilent la technicité de haut vol des danseuses sur pointes. Comme en talons, elles frappent la musique latine, avec vivacité, minutie et ferveur.
Danse volcanique
En contrepoint, Wayne McGregor présente Obsidian Tear, pièce exclusivement masculine. Dans une ambiance post-apocalyptique, les danseurs s’observent, se flairent. Ils s’apprivoisent avec une complicité presque charnelle, puis se rejettent, un peu moqueurs. La tension monte, alternant mouvements explosifs et abrupts avec des gestes doux et vulnérables. Un brasier qui se calme… avant de surprendre à nouveau.
Cauchemar éveillé
Ana Isabel Casquilho, lauréate du Concours de Jeunes Chorégraphes de Biarritz, présente une création inédite : Between Worlds. La pièce débute par des duos aériens où les corps s’entrelacent avec fluidité, alliant expressivité lyrique et très belle technique. Puis, brutalement, une lumière néon rouge envahit l’espace. Le rêve se transforme en cauchemar. Paralysée, l’héroïne devient la proie de silhouettes menaçantes qui la manipulent à leur guise. Le comble pour une danseuse qui danse malgré elle !
Back to Black
Sol León et Paul Lightfoot clôturent la soirée avec Sleight of Hand. Deux figures monumentales, haut perchées, dominent l’espace : un couple royal version gothique. Sous leur regard, des personnages austères, courbés, vêtus de costumes noirs, s’agitent frénétiquement. Les gestes pantomimes, d’une rapidité déconcertante, contrastent avec les grimaces des interprètes. S’installe un univers oppressant, surnaturel, accentué par la répétitivité de la musique de Philip Glass et une lumière clair-obscur. Perdu dans ce labyrinthe horrifique, un couple vêtu de blanc cherche, comme le spectateur, un peu de lumière.
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Un programme réjouissant qui étonne autant qu’il réconforte. Un alliage subtil entre vocabulaire classique et souffle nouveau. Un spectacle cousu pieds et mains pour les aficionados de la création contemporaine.

