PLAYLIST – À l’image de son parcours à travers les saisons, dans les tranchées de la musique classique et farfouillant jusqu’à la malle des Poilus aussi bien qu’auprès des Doges, la violoniste Amanda Favier nous présente son univers musical dans un juke-box qui traverse les frontières, des pays, des instruments, des histoires :

Prélude de la Suite n°1 de Bach par Emmanuelle Bertrand
Pour les musiciens à cordes, Bach est un guide spirituel. Pablo Casals disait d’ailleurs de lui : « il y a Bach, et tous les autres ». J’ai eu envie de réécouter ce prélude en lisant récemment le livre d’Akira Mizubayashi, Suite inoubliable, dans lequel cette musique résonne de manière poignante, tel un message d’espoir et de beauté permettant de supporter les heures les plus sombres de l’Histoire.
Emmanuelle Bertrand, si généreuse et inspirée, est mon amie et mon modèle, depuis toujours.
Final de la 9ème Symphonie de Beethoven transcrite par Liszt, Maurizio Baglini, piano
Je connais Maurizio Baglini depuis 20 ans et j’ai eu la chance de l’entendre jouer plusieurs fois la 9ème Symphonie au piano, une prouesse inouïe, techniquement et musicalement, un voyage. J’ai vu des auditeurs pleurer d’émotion après une telle performance, d’autres rester comme hébétés par la force de ce qu’ils venaient de vivre, la preuve que rien ne remplace le concert live et la communion qui en découle.
Fritz Kreisler joue Fritz Kreisler
Kreisler est pour moi le roi des violonistes ! Il a rayonné sur toutes les scènes durant une bonne partie du XXe siècle, par son charisme, sa virtuosité, son élégance. Dans la lignée des violonistes-compositeurs qui ont laissé un beau répertoire à notre instrument, il a transcrit et composé une centaine de pièces dont certaines sont restées très célèbres. Amoureuse de ces miniatures depuis l’enfance, je viens d’en graver certaines au disque et les joue très souvent en bis, comme des petites douceurs à offrir et à s’offrir.
Nessun Dorma par Roberto Alagna
Je suis une fan de Roberto Alagna de longue date, et pour la petite histoire, j’ai été sa voisine un temps ! Les chanteurs m’inspirent énormément dans leur façon de phraser, de conduire les intervalles, de gérer leur souffle, et je suis toujours extrêmement admirative de les voir chanter et jouer durant plusieurs heures à l’opéra.
Cet extrait illustre encore la puissance de la musique vivante : j’étais à Orange pour écouter Turandot ce jour là et je n’ai jamais oublié cet air grandiose, attendu par 8000 personnes et le sourire d’Alagna après sa performance, tout en reconnaissance… J’en ai encore des frissons.
Second mouvement du Concerto en Sol de Ravel, Martha Argerich
La magie de la pudeur, retenir son souffle pour recevoir cette musique qui nous envoie directement dans les étoiles !
Le Printemps des Quatre Saisons de Piazzolla par Gidon Kremer
Adolescente, j’ai parcouru des kilomètres en Autriche pour aller entendre Gidon Kremer et son orchestre la Kremerata Baltica qu’il venait de créer. Quels musiciens, quelle osmose, de la musique de chambre à grande échelle. Gidon Kremer, l’un des plus grands musiciens contemporains joue tout : le grand répertoire, les pièces de virtuosité les plus ardues, la musique de chambre, la musique d’aujourd’hui dont il est un ardent défenseur, et ici les saisons de Piazzolla. Il est unique en son genre.
« Pour moi, faire de la musique signifie partager mes émotions avec mes amis » dit-il. Encore un modèle…
Piano Trio N°1 de Brahms, I. Allegro con brio par Maria João Pires, Augustin Dumay et Jian Wang
Dans cette même notion de partage, la musique de chambre tient une place centrale dans ma vie. Le trio avec piano est une formation qui m’est chère et parmi de nombreux chefs-d’œuvre, je choisis l’opus 8 de Brahms, Brahms étant l’un de mes compositeurs préférés.
En écoutant cette version, j’ai une pensée le cœur serré pour Maria Joāo Pires que nous n’entendrons plus en concert…
Bach : Suite anglaise n°2 – « Sarabande » à l’accordéon par Élodie Soulard
Zoom sur l’accordéon et ma complice Élodie Soulard. Depuis 10 ans, nous formons un duo chambriste insolite, très soudé, et explorons de multiples répertoires. Grâce au talent d’Élodie pour la transcription, rien n’est impossible ! Élodie et son instrument continuent de m’étonner (et m’épater) après toutes ces années et cette relation représente pour moi la construction, l’innovation, et la transmission car nous étions des pionnières et maintenant, l’accordéon est devenu un instrument chambriste pour beaucoup.

